© Damned Films
Neptune Frost

Neptune Frost

de Anisia Uzeyman, Saul Williams

  • Neptune Frost

  • Rwanda, France, Canada, Etats-Unis2021
  • Réalisation : Anisia Uzeyman, Saul Williams
  • Scénario : Saul Williams
  • Image : Anisia Uzeyman
  • Son : Safari Eugene, Blake Leyh
  • Montage : Anisha Acharya
  • Musique : Saul Williams
  • Production : Lizland Films
  • Interprétation : Cheryl Isheja (Neptune), Elvis Ngabo (Neptune), Bertrand Ninteretse (Matalusa), Eliane Umuhire (Memory), Dory Rugamba (Innocent)...
  • Distributeur : Damned Distribution
  • Date de sortie : 10 mai 2023
  • Durée : 1h45

Neptune Frost

de Anisia Uzeyman, Saul Williams

La brume électrique


La brume électrique

Au début de Neptune Frost, un mineur de coltan, fasciné par la pierre qu’il vient de découvrir, interrompt quelques secondes son travail. Cette courte pause ne sera pas sans conséquence : son contremaître le bat à mort pour le punir de son manque de concentration. Dévasté par ce meurtre, son frère Matalusa, un autre mineur, abandonne son poste pour rejoindre un collectif de hackers en lutte contre le gouvernement local, et plus largement contre l’idéologie néolibérale et colonialiste. Son quotidien au sein de cette communauté marginale alterne entre transes occultes et discussions stratégiques relativement ésotériques. La technologie et le fantastique se confondent au travers de dialogues qui évoquent d’un même ton les cartes-mère et les mondes parallèles. Car ici, on ne tape pas la moindre ligne de code : les cyberattaques semblent être lancées, tels des sortilèges, directement depuis l’esprit des hackers. L’influence de l’esthétique afrofuturiste est assumée jusque dans le choix des costumes : les camarades de Matalusa portent par exemple des tenues chamaniques ornées de reliques électroniques, des vestes recouvertes de touches de clavier ou des masques parés de dipôles électriques. Si la découverte de cet univers atypique n’est pas sans intriguer, le film trouve rapidement sa limite dans la forme, aussi pompière que répétitive, qu’il déploie. Les discussions à propos du terrorisme, du renversement de l’ordre mondial et de la spiritualité échouent à masquer l’inconséquence d’une intrigue stagnante, où séquences chantées et discussions pontifiantes s’enchaînent jusqu’à l’indigestion.

Derrière ses discours révolutionnaires, Neptune Frost embrasse en réalité des codes standardisés. Ses jeux de lumières, ses musiques entêtantes et ses danses exaltées produisent un onirisme tape-à‑l’œil au cours de scènes qui semblent comme dupliquées à l’infini. L’opposition aux marchés financiers et à la binarité du patriarcat passe avant tout par de courtes phrases chocs comparables à autant de slogans publicitaires. En entretenant le flou sur la nature précise de ses adversaires, ou sur les conséquences matérielles des interventions des hackers, la subversion supposée du film n’accouche ainsi que d’un folklore réduit à sa part la plus superficielle.

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