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Ni vue, ni connue

Ni vue, ni connue

de Marc Fitoussi

  • Ni vue, ni connue

  • France2026
  • Réalisation : Marc Fitoussi
  • Scénario : Marc Fitoussi
  • Image : Jérôme Alméras
  • Décors : Damien Rondeau
  • Costumes : Emmanuelle Youchnovski
  • Son : Olivier Le Vacon, Thomas Berliner
  • Montage : Catherine Schwartz
  • Musique : Bertrand Burgalat
  • Producteur(s) : Caroline Bonmarchand, Fabrice Delville, Sophie Teppe
  • Production : Avenue B
  • Interprétation : Isabelle Huppert (Corinne Maclou), Sandrine Kiberlain (Sandrine Kiberlain), Anne Marivin (Anne Marivin)...
  • Distributeur : Memento
  • Date de sortie : 7 octobre 2026
  • Durée : 1h55

Ni vue, ni connue

de Marc Fitoussi

Illustre inconnue


Illustre inconnue

Corinne Maclou (Isabelle Huppert), actrice ratée mais talentueuse, parvient à joindre les deux bouts en acceptant des figurations sur divers tournages plus ou moins prestigieux. Elle ne perd pourtant pas espoir d’obtenir un vrai rôle et distribue pour ce faire des CV à droite et à gauche sur les plateaux. Jusqu’au jour où elle croise Sandrine Kiberlain (dans son propre rôle), star « déconnectée de la réalité » (l’expression revient à plusieurs reprises), entourée d’une cour de flatteurs. Une amitié naît, forcément déséquilibrée, entre les deux femmes, à la fois sincères et intéressées, puis rapidement dépendantes l’une de l’autre. Sur le papier, ce concept intriguait, promettant une sorte de screwballcomedy contemporaine (dans le dossier de presse, Marc Fitoussi évoque d’ailleurs le côté « hawksien » de Sandrine Kiberlain), doublée d’une satire de l’entre-soi du cinéma français. De ce canevas, le cinéaste tire en vérité un scénario fait d’allers-retours répétant les mêmes situations : Kiberlain commence par rejeter Maclou, puis par se servir d’elle, avant de culpabiliser, de la prendre sous son aile, pour la rejeter à nouveau, et ainsi de suite. La belle idée de départ, qui consistait à faire de l’actrice française la plus célébrée une figurante, ne sert finalement qu’à multiplier les clins d’œil au spectateur en alignant des allusions aux œuvres prestigieuses qui ont fait la gloire de la star (Madame Bovary, les pièces de Bob Wilson, etc.). Pourtant, demander à une actrice dont le jeu est si immédiatement identifiable de jouer une parfaite anonyme en la faisant disparaître derrière son personnage, elle qui fait systématiquement le contraire, ressemblait à une gageure passionnante. Mais le parti pris reste à l’état de pitch : on dirait que Fitoussi ne croit pas lui-même au postulat de son film, qui ne plonge jamais dans l’excès et la folie sur lequel ouvrait son postulat.

Isabelle

Ni vue, ni connue n’a par ailleurs hélas pas grand-chose à dire sur le monde du cinéma, sauf à égrener les éternels clichés : réalisateurs concentrés et irascibles, acteurs égocentriques, figurants traités comme du bétail. Il y a bien sûr quelques scènes amusantes, comme lorsqu’un réalisateur engage au débotté une figurante pour assurer un petit rôle à la dernière minute, sur le tournage de Madame Bovary, soufflant la place à Corinne – Eva Huault, découverte dans Shanade Lila Pinel, ici vêtue d’une robe à crinoline. Mais lorsqu’il fait mine de poser un œil sur les rapports de classes, le film ne peut s’empêcher de sombrer dans la caricature : dans la scène où Maclou/Huppert invite Kiberlain/Kiberlain dans son petit appartement situé au septième étage, elle lui présente une amie à elle, agente, qui se révèle être évidemment une énorme ringarde. La séquence pourrait être drôle si elle n’était traitée avec une telle condescendance et pesanteur : à l’arrivée, on n’en retient que le regard dédaigneux porté sur ces femmes des classes moyennes et populaires. Un mépris dont Corinne Maclou est toutefois exemptée, puisqu’elle n’est incarnée par nulle autre qu’Isabelle Huppert ; aucun risque pour elle de paraître ringarde. Le talent de l’actrice inconnue se révélera bien sûr aux yeux de tous dans une scène à la fois improbable (la mise en scène ne fait jamais mine d’y croire) et attendue (le scénario nous y a largement préparés). L’idée louable de mettre en lumière les invisibles du cinéma par le truchement d’une star se retourne contre elle-même, à la faveur d’un finale parfaitement tautologique : la seule chance pour une anonyme d’accéder à la célébrité est d’être déjà célèbre. Dans le taxi la ramenant à l’hôtel de luxe auquel elle a enfin droit, Corinne tient contre son cœur le scénario du film où elle a finalement la place qu’elle mérite. Son titre ? Isabelle.

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