No Dormirás
No Dormirás
    • No Dormirás
    • Espagne, Argentine, Uruguay
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Gustavo Hernández
  • Scénario : Juan Manuel « Juma » Fodde
  • Image : Guillermo « Bill » Nieto
  • Décors : Marcela Bazzano, Sonia Nolla
  • Costumes : Marcela Vilariño, María José Lebrer
  • Son : Eva Valiño, Juan Ferro, Nicolás de Poulpiquet
  • Montage : Pablo Zumárraga
  • Musique : Alfonso González Aguilar
  • Production : Pampa Films, Gloria Mundi Producciones, White Films AIE, Bowfinger International Pictures, Tandem FIlms, Mother Superior
  • Interprétation : Eva de Dominici (Bianca), Belén Rueda (Alma), Natalia de Molina (Cecilia), María Eugenia Tobal (Sara), Juan Manuel Guilera (Fonzo), Germán Palacios (l'écrivain)...
  • Distributeur : Eurozoom
  • Date de sortie : 16 mai 2018
  • Durée : 1h37

No Dormirás

réalisé par Gustavo Hernández

Deux jeunes comédiennes sont recrutées et mises en concurrence par une metteuse en scène de théâtre controversée, dans une étrange expérience de performance dramatique. Dans un hôpital psychiatrique abandonné, elles doivent se priver de sommeil aussi longtemps que possible tout en répétant une pièce écrite par une patiente du lieu vingt ans plus tôt. Bientôt, l’une des comédiennes commence à percevoir des choses étranges, qui pourraient être aussi bien des hallucinations que des visions extralucides… Sur ce postulat, No Dormirás tente de brasser large dans son récit fantastique et horrifique en jouant trois partitions distinctes, toutes plus ou moins ratées et ne se conciliant pas vraiment, mais convergeant néanmoins vers une surprise finale qui sauve in extremis le film du néant.

À dormir debout

La partition dominante – et la moins convaincante – est celle de la forme fatiguée d’un film shocker bas de gamme sans une once d’idée. On constate que dans les huit ans qui séparent No Dormirás du risible The Silent House, le réalisateur Gustavo Hernández n’a à peu près rien appris, faisant toujours mine de croire qu’une lumière artificiellement « salie » et des jump scares enchaînés si machinalement qu’ils en sont tous prévisibles suffisent pour trousser un divertissement horrifique efficace quand le résultat réel n’est qu’un train fantôme obsolète. Quand, à chaque fois qu’un mouvement de caméra prétend ménager du suspense dans un coin de la scène, le spectateur devine dans quel autre coin une ombre ou un spectre va surgir au moment où le personnage concerné va y tourner la tête (syndrome qu’on pourrait appeler « du miroir de l’armoire à pharmacie », du nom de ce cliché usé jusqu’à la fibre), c’est un signe évident que quelque chose cloche dans cette conception robotique, désinvestie et à la ramasse du cinéma d’horreur, qui ne conçoit le hors-champ que comme un banal outil pour répéter ad nauseam le même tour de passe-passe.

Or, non content de ce pauvre programme formel, No Dormirás lui adjoint un autre, de pur scénario. Le voilà qui se prétend aussi film à mystère où, d’informations dénichées sur les lieux – voire directement lues sur les murs – en cascade finale de révélations fracassantes, les tenants et aboutissants de la plongée dans le surnaturel vont trouver une explication bien tirée par les cheveux. Il sera permis de prendre ce jeu scénaristique au second degré, tout en regrettant qu’il ne parvienne à se greffer de façon convaincante au shocker pour lui donner la consistance qui lui manque. Et puis, dans ce grand barnum, se dessine aussi un semblant de métaphore. L’intrigue s’aventurant du côté de l’hypothèse de possession par des esprits, il est tentant d’y voir le maquillage en fiction grand-guignol du jusqu’au-boutisme du comédien consciencieux au point de se laisser habiter par son rôle. Projection théorique gratuite du spectateur ? Peut-être, mais on y repensera au moment de l’ultime acmé du film, où cette idée apparaît sous la forme la plus troublante que le film ait jamais réussi à générer.

Sursaut à la sortie de scène

Car, exécuté avec l’absence de grâce des faiseurs se reposant trop pesamment sur les vieilles ficelles, No Dormirás aurait pu couler tranquillement vers sa conclusion avant de se faire oublier – n’eût été cette scène quasi finale, d’une étrangeté si effective qu’on pourrait croire qu’elle a échappé à la vigilance des producteurs. Présentée comme une forme particulière de représentation qui dérape (sans qu’on sache à coup sûr si ce dérapage était prévu ou non par les instigateurs de la représentation), la scène, pendant une ou deux minutes, incarne avec une soudaine limpidité l’essence des pistes lourdement balisées jusque-là : une confusion généralisée entre réel, simulacre et cauchemar, qui dépasse le cadre des personnages principaux pour gagner leur auditoire. Cela se passe comme si le film n’avait épuisé son stock de visions d’horreur industrielles et de secrets tarabiscotés que pour aboutir à cet instant-là, pic de suspension des certitudes au bout d’un long couloir d’indéniable médiocrité.