No Gazaran
  • No Gazaran

  • France2014
  • Réalisation : Doris Buttignol, Carole Menduni
  • Image : Doris Buttignol, Carole Menduni, Samuel Sagon, Thorsten Künish
  • Son : Doris Buttignol, Carole Menduni, Mathieu Quillet
  • Montage : Emmanuelle Zelez
  • Producteur(s) : Marc Boyer
  • Production : Les Brasseurs de Cages, Les Films du Zèbre, Lardux Films
  • Distributeur : Nour Films
  • Date de sortie : 2 avril 2014
  • Durée : 1h30

Cela ne passe pas toujours


Cela ne passe pas toujours

Les bonnes intentions

Les intentions les meilleures ne sont pas toujours les plus justes… ou les mieux justifiées. Il ne s’agit pas ici de faire le procès systématique du film militant, mais d’en circonscrire, dans le cas précis de No Gazaran, les limites argumentatives et formelles. Sa référence au No Pasaran des républicains espagnols durant la guerre civile est explicitée rapidement : du sud-est de la France aux plaines de Seine-et-Marne, Doris Buttignol et Carole Menduni ont suivi les maires, députés européens ou simples citoyens qui refusent l’arrivée dans leurs contrées des forages et de l’extraction du gaz de schiste. Le mode discursif, moins outragé et Michaelmooresque que celui du GasLand de Josh Fox, n’est pas seulement celui de l’indignation ou du témoignage. No Gazaran se veut pédagogique et poétique, et c’est peut-être dans ces pauses de l’argumentation que l’on perçoit une forme de simplisme et de manque d’ambition formelle : après nous avoir montré des graphiques plats, des panneaux de route et des foreuses menaçantes, les réalisateurs choisissent systématiquement des plans de coupe de lacs, de montagnes et de petits bosquets doucement caressés par un soleil lumineux. La nature est belle, prenons-en conscience. Certes. Mais ces parallèles induisent une forme de manichéisme qui ne sert justement pas le propos militant, plutôt bienvenu, d’autant qu’il révèle une participation citoyenne réelle.

La source des conflits

On sait que l’extraction du gaz de schiste par fracturation souille les nappes aquatiques et rejettent toutes formes de gaz qui risquent fort d’accentuer la pollution de l’air. Il n’est pas inutile (chercheurs à l’appui) de le rappeler. C’est le volet de pédagogie parfois infantilisante mais honnête d’un film qui met en scène les meetings, les combats individuels comme les débats au Parlement européen. En revanche, on connaît moins bien les conflits d’intérêt que l’exploitation et la commercialisation du gaz de schiste engendrent : sur ce point, No Gazaran ne fait pas mieux qu’un simple reportage biaisé. Car le gaz de schiste ne pose pas seulement un problème écologique, mais également industriel. La lutte est justifiée, mais elle est souvent réduite à une guerre entre les petits citoyens et les méchants capitalistes. Quid de la question de l’emploi et des députés polonais notamment, qui voient arriver les foreuses et les recruteurs avec joie ? Ils ne sont pas simplement des technocrates obsédés par le profit, ils sont aussi des administrateurs. No Gazaran montre parfaitement le lobbying que subissent les députés européens ‑celui, notamment des conquérants américains qui disposent des brevets techniques- ainsi que la difficulté des écologistes de tous bords (José Bové comme Corinne Lepage) à faire entendre leurs voix face aux industriels. Mais quels sont les liens réels entre les communautés politiques et industrielles ? Quelles sont également les avis sur le terrain en dehors des manifestations dans les capitales ?

Si No Gazaran pose de bonnes questions, il n’apporte pas toujours de réponses convaincantes parce qu’il ne semble pas cerner l’extrême complexité des enjeux en présence. Et si l’on ne doute pas un instant des intentions de Doris Buttignol et Carole Menduni, on regrette que la logique du spectaculaire (de la nature sublimée à la remise finale d’un prix à Josh Fox) et de la répétition cherche à masquer l’âpreté de ces combats.

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