Norman Foster
  • Norman Foster
  • (How Much Does Your Building Weigh, Mr. Foster?)

  • Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, États-Unis, Suisse, France, Chine2010
  • Réalisation : Carlos Carcas, Norberto López Amado
  • Scénario : Deyan Sudjic
  • Image : Valentín Álvarez
  • Montage : Paco Cózar
  • Musique : Joan Valent
  • Producteur(s) : Elena Ochoa
  • Interprétation : narration de Deyan Sudjic
  • Date de sortie : 16 mai 2012
  • Durée : 1h17

L'architecture fait son cinéma


L'architecture fait son cinéma

Premier documentaire jamais réalisé sur le célèbre architecte britannique, How much does your building weigh, Mr. Foster ? est le premier volet d’une série de films consacrés à des figures emblématiques du monde artistique et culturel du XXIe siècle. Le cinéma a souvent filmé la peinture ; l’architecture, rarement. Le film est l’occasion de se questionner sur un genre peu exploité et mal connu.

La perspective d’un nouveau genre associé à la mise en avant d’un architecte de talent avait de quoi faire saliver. Mais mieux vaut le dire d’entrée de jeu, le film est raté. Pour leur premier long-métrage en tant que réalisateurs, Carlos Carcas et Norberto López Amado ne tentent justement jamais d’exploiter le potentiel d’un genre nouveau (le film d’architecture) pour préférer user des ressorts d’un genre vieillissant (le reportage télévisé).

L’ouverture du film était pourtant prometteuse. Dans un paysage enneigé, une simple étendue blanche qui demeure vacante pendant plusieurs secondes, des skieurs de fond, parmi lesquels on découvre Norman Foster, avancent péniblement. Commencer un film sur l’architecture par un plan vide avait de quoi séduire et promettait une œuvre éloignée de tout poncif didactique sur l’architecture. Seulement, passé cette ouverture et quelques plans impressionnants sur le viaduc de Millau, le film rejoint les sentiers battus du reportage pédagogique télévisé. Carlos Carcas et Norberto López Amado multiplient les interviews de proches de l’architecte. Anish Kapoor, Richard Rogers, Richard Long, Richard Buckminster Fuller… les amis et collaborateurs de Norman Foster (pas moins d’une vingtaine) défilent les uns après les autres, leur parole venant s’inscrire dans un flot de discours anecdotiques qui surplombe les vues de constructions de Norman Foster.

Les réalisateurs ne privilégient aucun point de vue, préférant enfiler les images d’édifices et les entretiens comme des perles sur un fil, malheureusement mal tendu, faute de direction. Il y avait là pourtant la possibilité d’inventer un nouveau genre, comme l’avaient remarquablement fait Julia Loktev et Vito Acconci dans la série de films courts Interiors, Buildings and Parks, dans lesquels l’architecte italien revenait sur ses propres projets et réalisations architecturaux en y apposant un commentaire d’énumération austère.

Une brèche trouve néanmoins sa place à la fin du film : le projet de grande ampleur d’édification de la première éco-ville du monde, Masdar, à Abu Dhabi, qui permettra aux 50 000 habitants qu’elle accueillera d’ici la fin de sa construction en 2020, de mener une vie sans émissions de carbone et sans déchets. Mais le projet Masdar et la question écologique sont balancés à la toute fin comme une patate chaude, alors qu’ils auraient fait un bon questionnement de départ (quels rapports entretiennent l’architecture et l’écologie ? Quelle place l’une laisse-t-elle à l’autre ?) et auraient au moins précisé la direction du film.

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