© JHR Films
Nos âmes libres

Nos âmes libres

de Salomée Stevenin

  • Nos âmes libres

  • France2026
  • Réalisation : Salomée Stevenin
  • Scénario : Salomée Stevenin
  • Image : Claire Mathon, Mathilde Clément, Alexandre Cambron
  • Son : (Montage) Olivier Touche, Romain Cadilhac, Olivier Goinard, (Mixage) Olivier Goinard, (Bruitage) Nicolas Fioraso
  • Montage : Marie-Pierre Renaud, Isabelle Manquillet
  • Producteur(s) : Bertrand Faivre
  • Production : Le Bureau
  • Intervenants : Lamya Essemlali, Paul Watson, Matthieu Ricard, Jaime Carrilo Lopez, Francine Kreiss, Stéphane Mifsud, Guillaume Néry, Roger Knobelspiess.
  • Distributeur : JHR Films
  • Durée : 1h13

Nos âmes libres

de Salomée Stevenin

Liberté conditionnelle


Liberté conditionnelle

Sonder les profondeurs empêche-t-il de sombrer dans la superficialité ? C’est la question que l’on se pose devant Nos âmes libres, documentaire peignant le parcours de sa réalisatrice, Salomée Stevenin, depuis sa carrière d’actrice (notamment dans les films de et avec son père, Jean-François Stevenin) jusqu’à son exploration des fonds marins. Mêlant le récit de voyage et la quête spirituelle, le film trace une cartographie gravitant autour de deux pôles : l’industrie cinématographique, où « il faut plaire, même à des gens qui ne vous plaisent pas forcément » et la sphère du vivant, lieu d’une communion entre les êtres. Quand Cannes et ses rituels provoquent chez elle un effet de dysphorie (Salomée Stevenin dit rétrospectivement avoir ressenti une forme de détachement lors d’un événement réunissant les professionnels de la profession), Bogota et son parc animalier conduisent à une véritable épiphanie lorsqu’elle croise le regard d’un dauphin sorti de son enclos. Se dessine également en toile de fond une histoire intime qui redouble cette polarité. Si le cinéma porte le poids de tout un héritage familial, l’océan est un espace d’émancipation où elle entrevoit sa future vie de mère. La narratrice esquisse dès lors l’itinéraire d’une libération qui passe par la découverte de différents modèles d’existence, tels que l’activisme de Sea Shepherd, la religion bouddhiste ou les rites collectifs de la communauté Wixárika au Mexique.

Salomée Stevenin ne parvient toutefois pas à traduire formellement son propre ravissement face à l’inconnu. Les images sous-marines se réduisent à une maigre fonction illustrative, comme si la narration tentait vainement d’ajouter de la grâce à ce qui pourrait très bien figurer dans une production estampillée National Geographic, et les créatures marines tant vénérées par l’actrice la secondent plus qu’elles n’existent pour elles-mêmes. Le problème découle peut-être d’une contradiction entre ce à quoi Stevenin aspire – trouver un accord, une union avec le monde – et le point d’ancrage de son projet documentaire, à savoir sa seule expérience individuelle. L’étranger (la faune et la flore, évidemment, mais aussi les personnes rencontrées en Inde, au Mexique ou au Japon) n’est pas présenté comme une fin, mais comme un moyen pour répondre à des problématiques individuelles (le deuil, la maternité et plus généralement un sentiment d’inadéquation). D’où le caractère déceptif de la série de portraits que le film propose, qui se limite souvent à des entretiens face cam où l’on trouve les figures interrogées dans la pleine maîtrise de leur discours, sans que l’on puisse saisir la fêlure, la fragilité qui les rendrait pleinement vivantes. De Paul Watson ou de Matthieu Ricard, on ne touchera que la surface du storytelling, et des populations autochtones, on ne retiendra que leur silence. Nos âmes libres en dit finalement peu sur le monde, et beaucoup sur sa réalisatrice.

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