© Juste Distribution
Un Paese di Calabria

Un Paese di Calabria

de Shu Aiello, Catherine Catella

  • Un Paese di Calabria

  • France, Italie, Suisse2016
  • Réalisation : Shu Aiello, Catherine Catella
  • Image : Maurizio Tiella, François Pages, Steeve Calvo
  • Son : Jean-François Priester, Stéphane Mercier
  • Montage : Catherine Catella, Shu Aiello
  • Musique : Giovanna Marini, Francesca Breschi
  • Producteur(s) : Laurence Ansquer, Martine Vidalenc, Florence Adam, Serena Gramizzi
  • Production : Tita Productions, Marmitafilms
  • Distributeur : Juste Distribution
  • Date de sortie : 8 février 2017
  • Durée : 1h31

Un Paese di Calabria

de Shu Aiello, Catherine Catella

Les meilleures intentions


Les meilleures intentions

Petite bourgade du sud de l’Italie, Riace fait aujourd’hui figure de symbole national et européen de l’accueil massif des migrants. Alors qu’au cours des années 1990, le village doit faire face à un fort exode rural qui condamne à moyen terme son activité, les habitants voient s’échouer sur leurs rivages un bateau transportant deux cents Kurdes ayant fui leur région en plein conflit. Plutôt que de rejeter ces étrangers débarqués illégalement, la municipalité décide de les accueillir et de les intégrer à la vie du village. Si la conjoncture économique régionale n’a produit aucun miracle (le taux de chômage reste élevé), la présence de cette nouvelle communauté a amené la rénovation des maisons abandonnées, un regain de vitalité pour les petits commerces, mais surtout le sauvetage de l’école qui pâtissait d’un manque d’enfants. Il n’est pas difficile d’imaginer, en ces temps de repli nationaliste et de crise migratoire, ce qui a pu motiver les réalisateurs à rendre compte d’une expérience aussi atypique et apparemment couronnée de succès. Il est d’ailleurs intéressant de voir comment Shu Aiello et Catherine Catella filment ce petit village d’irréductibles, bien décidés à ne pas succomber aux discours populistes qui viennent toquer jusqu’à la porte de la mairie à l’occasion des prochaines élections où le parti de droite soutenu par la mafia locale annonce vouloir mettre un terme à cette politique d’accueil : d’un côté le bourg perché sur une côte rocailleuse avec ses ruelles sinueuses et pentues, de l’autre la mer, espace ouvert sur l’arrivée de migrants venus tenter une autre aventure au péril de leur vie. Espace intermédiaire, la plage, autrefois réservée aux pêcheurs, est désormais celui de la possible rencontre avec l’étranger.

Feel-good movie politique

Certainement parce que ces deux réalisateurs humanistes et bienveillants souhaiteraient qu’une telle expérience d’accueil trouve un écho positif dans d’autres pays européens réticents à l’accueil massif des réfugiés, Un Paese di Calabria vise surtout à l’efficacité de son discours, mettant l’ensemble du dispositif filmique au service d’une vision unilatéralement positive de l’expérience : les étrangers se sont bien intégrés au point de finir par se sentir chez eux dans ce petit village italien, la parole raciste ne s’est jamais libérée, donnant l’impression un brin simpliste que d’autres tentatives dans d’autres endroits produiraient un résultat similaire. Si le documentaire ne commet pas l’erreur d’énoncer des généralités sur la politique d’accueil à l’échelle nationale ou européenne (les problèmes à l’échelle d’un pays n’étant bien évidemment pas les mêmes que ceux d’un petit village), on devine néanmoins que par le prisme de cette expérience singulière, les réalisateurs prennent le risque de vouloir convertir les spectateurs à une vision un peu trop édulcorée de ce drame humanitaire, ne montrant que le versant lumineux de leur sujet (le lieu paraît être un havre de paix avec ses airs de village de vacances). On est également tenté de croire que Un Paese di Calabria ne prêchera que les convaincus, ceux pour qui l’accueil des réfugiés relève de l’évidence et qui trouveront lors du visionnage la preuve que le succès est à portée de main. Pour les autres, ils risquent de buter devant ce feel-good movie aux accents politiques un peu trop idéalistes pour coller véritablement à la rugosité de la réalité.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !