Piano Forest

Piano Forest

de Masayuki Kojima

  • Piano Forest
  • (Piano no Mori)

  • Japon2007
  • Réalisation : Masayuki Kojima
  • Scénario : Ryuta Hourai
  • d'après : le manga Piano no Mori: The Perfect World of Kai
  • de : Makoto Isshiki
  • Image : Rumi Ishiguro
  • Musique : Keisuke Shinohara
  • Production : NAS
  • Interprétation : Aya Ueto (Kai Ichinose), Ryûnosuke Kamiki (Shuhei Amamiya), Mayuko Fukada (Takako Maruyama), Chuzuru Ikewaki (Reiko Ichinose)...
  • Direction de l’animation : Shigeru Fujita
    Couleurs : Tomoko Yamamoto
    Direction artistique : Toshiharu Mizutani
  • Date de sortie : 17 juin 2009
  • Durée : 1h41

Piano Forest

de Masayuki Kojima

Une partition trop bien réglée


Une partition trop bien réglée

« Une forêt magique… un piano enchanté… laissez agir la magie…» vante la bande-annonce de Piano Forest. De magie, on en cherche cependant encore, dans ce film au thème parfaitement concret, égaré sur le grand écran alors qu’il a toute les apparences d’un épisode de série gonflé pour atteindre l’heure et demie. Au moins, la musique est merveilleuse.

Le récit initiatique, c’est un classique des séries animées venues du Japon. Le modèle est bien rodé : opposez deux pratiquants doués d’une discipline. L’un sera le parfait élève, l’autre l’autodidacte génial. Évidemment, la relation entre les deux oscillera entre la haine et une complicité intense, alors que chacun va tenter de surpasser l’autre dans la maîtrise de son art. Bientôt arrivera le moment de prouver sa valeur aux yeux de ses pairs : en général, un tournoi ou concours quelconque sert très bien pour ça. À l’issue de l’épreuve, l’un – en général le parfait élève – sera distingué, tandis que le second devra prendre des chemins plus détournés mais tout aussi dignes pour arriver à la gloire. Rajoutez quelques nouveaux protagonistes en guise de nouveaux compétiteurs, en attendant un nouvel affrontement, et vous avez une saga en marche. Tous les thèmes peuvent servir : les arts martiaux, bien sûr (Kenshin tient 95 épisodes, et Dragon Ball 508 au total sur ce seul canevas), la cuisine, la magie…

Pour Piano Forest, c’est… le piano, étonnamment. Nous voici donc en présence de Kai (le bon élève) et Shuhei (le gamin des rues autodidacte). L’un est fils de bonne famille, avec un père pianiste, et une relation à l’instrument qu’il calque sur celle avec son père, sorte d’idéal. Le second est fils d’une escort-girl fille-mère, et a appris le piano grâce à celui d’un pianiste virtuose, abandonné dans la forêt. Et les deux vont donc se servir de leur relation conflictuelle pour parvenir à se surpasser, avec en vue le concours régional des meilleurs pianistes. Voilà pour le décor : Piano Forest est donc une variation sur un thème imposé, une énième version du récit initiatique venu du Japon. Quoi de neuf donc ? Pas grand chose…

On espère, un instant, que le film tienne la promesse « miyazakienne » d’un piano magique, d’une forêt mystérieuse et surnaturelle – mais non. Rapidement, cette piste est abandonnée pour procurer une explication potentiellement intéressante (qui implique l’ancien génie du piano, aujourd’hui empêché de jouer), mais fondamentalement artificielle. Quel dommage pourtant, puisque le meilleur de Piano Forest vient de ses dérapages hors d’un quotidien qu’il s’attache à dépeindre avec une minutie touchante – mais sans réel talent de conteur. Peu nous importe, donc, les tensions familiales autour de Kai, tout autant que l’histoire de l’escort-girl au grand cœur mère de Kai. Lorsque Kai, par contre, se voit hanté par tous ses démons intérieurs, habillés en Mozart (dont le principal intéressé), cela donnant lieu à des scènes parfaitement burlesques ; lorsqu’une autre compétitrice surgit, qui ne peut se concentrer que dans une situation des plus incongrues – quand on s’éloigne, enfin, des sentiers battus, quel plaisir que de voir la fantaisie dont peut faire preuve Piano Forest !

Trop rares sont ces moments, cependant. En dehors de ces instants incroyables, le film suivra un rythme réglé, avec une stylistique démonstrative, une absence de folie qui laisse à penser que, peut-être, le réalisateur Masayuki Kojima (qui a pourtant officié dans la très perturbante série Monster) s’est plus retrouvé dans le personnage de Kai, frustré et incapable de laisser parler sa créativité, plus que dans celui de Shuhei. Dommage, encore une fois, lorsqu’on voit ce dont il peut être capable. Piano Forest est l’adaptation du début d’une série de mangas – et cela se ressent immanquablement dans la coupure finale. Le film refuse donc de clore son récit : l’opposition complice de Kai et Shuhei reste à raconter, et on sort de Piano Forest comme de n’importe quel épisode : en attendant celui de la semaine prochaine. Fâcheuse façon de terminer son film…

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