Pig
© Épicentre Films
Pig
    • Pig
    • (Khook)
    • Iran
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Mani Haghighi
  • Scénario : Mani Haghighi
  • Image : Mahmoud Kalari
  • Décors : Amir Hossein Ghodsi
  • Costumes : Negar Nemati
  • Son : Dariush Sadeghpour, Amir Hossein Ghasemi
  • Montage : Meysam Molaei
  • Musique : Peyman Yazdanian
  • Producteur(s) : Mani Haghighi
  • Production : Dark Precursor Productions
  • Interprétation : Hasan Ma'juni (Hasan Kasmai), Leila Hatami (Shiva Mohajer), Leyli Rashidi (Goli), Parinaz Izadyar (Mohadesseh alias Annie), Ali Mofassa (Sohrab Saidi), Mina Jafarzadeh (la mère de Hasan)...
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 5 décembre 2018
  • Durée : 1h47

Pig

Khook

réalisé par Mani Haghighi

Dans l’imparfait mais intéressant Valley of Stars de Mani Haghighi, on a apprécié les invitations au lâcher-prise du spectateur en écho au désir identique chez les personnages. C’est à cette aune que le nouveau film de ce cinéaste déçoit, en échouant à traduire sa manifeste envie de filmer hors des clous en quelque chose d’aussi convaincant. Pig peut certes séduire a priori par son côté petit rebelle fan de heavy-metal (comme son protagoniste Hasan), faisant entrer une impertinence ouverte à l’Occident dans un cinéma iranien qu’on sait sous surveillance : sous son titre au relent de blasphème, il propose une comédie noire à laquelle se mêlent rêves, hallucinations, visions de gore de slasher et images en abyme (spot de pub foutraque, tournage de film), tout en s’y permettant des clins d’œil à des figures du cinéma national, une petite vacherie envers l’histoire (un dialogue avec un serveur en costume de Shah), et de faire beugler à plusieurs occasions, comme un leitmotiv, une version en farsi de « Highway Star » de Deep Purple. Or, dans son envie de ruer dans les brancards en jouant sur les effets de rupture (dans les basculements de sens des images comme dans les coups de théâtre de l’intrigue), Haghighi, de façon aussi étonnante que décevante, se prend les pieds dans le tapis de ces mêmes effets, accouchant d’un déroulé filmique brouillon et jamais vraiment impliquant, où le montage se prend parfois à sur-signifier l’excitation du cerveau de son personnage jusqu’à en devenir hystérique. Dans une scène où, enfermé au secret, Hasan s’évade en pensée en s’imaginant guitariste dans un concert, le surdécoupage pénible du filmage de cette prestation imaginaire est le plus flagrant témoignage des problèmes esthétiques auxquels le cinéaste est conduit par une démarche qui appelait sans doute à un peu plus de réflexion sur la mise en scène.

Tête de cochon

Une telle approximation est d’autant plus dommageable que l’argument de l’intrigue, de prime abord prometteur, ne justifie à l’arrivée pas tout à fait cette imperfection. Pig se présente comme un conte grinçant sur les caprices de la célébrité à l’heure des media de masse dont même l’Iran n’est pas préservé, où le jugement versatile de la foule d’Internet montre une certaine compatibilité avec l’ordre moral qui pèse par ailleurs sur la société. C’est ainsi que le film s’ouvre avec une caméra suivant la trajectoire sinueuse de filles accrochées à leurs smartphones, et se ferme sur un Hasan mi-hilare mi-amer commentant ainsi les réactions des masses : « Quelle bande de cons ! » Les traits d’esprit, c’est un peu la seule arme dont dispose ce personnage, cinéaste interdit de tourner des films par le régime. Adolescent attardé barbu vivant chez sa mère un peu perchée, assistant impuissant à l’éloignement de ses collaborateurs (et particulièrement de sa muse) partis gagner leur croûte auprès d’un rival, cet ego meurtri et condamné à l’ombre s’est réfugié dans l’amertume et la complainte. Il en envie même la notoriété des réalisateurs reconnus qui, au même moment, sont victimes d’un tueur en série qui grave le mot « Porc » sur les fronts de leurs têtes coupées (et le film de citer des noms d’authentiques cinéastes nationaux, dont… Mani Haghighi !). Mais rien à faire, à aucun moment de sa quête de reconnaissance (sauf dans une conclusion en forme de retournement de situation sorti de nulle part), Hasan n’aura de contrôle sur les événements ni sur son destin, encore moins lorsque s’en mêleront les réseaux sociaux prompts à s’ériger en juges et en spectateurs avides. Si le côté peu amène de cet antihéros, ses jérémiades vachardes et son inadaptation au monde font parfois office de traits d’impertinence sympathique (comme une paire de lunettes à monture rouge dans un enterrement), si la figure du tueur peut être vue comme une allégorie de la répression plus ou moins explicite et brutale à l’œuvre sur les artistes, on peut regretter que cette satire au tir plutôt vague s’effectue, à la longue, sur le dos d’un personnage jouet des facéties de son auteur.

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