© La Traverse
Porte sans clef

Porte sans clef

de Pascale Bodet

  • Porte sans clef

  • France2018
  • Réalisation : Pascale Bodet
  • Scénario : Pascale Bodet
  • Montage : Pascale Bodet, Serge Bozon, Agnès Bruckert, avec la participation de Emmanuel Levaufre
  • Producteur(s) : François Martin Saint Léon
  • Production : Barberousse Films
  • Interprétation : Marc-Antoine Vaugeois (Gaspard), Christophe Degoutin (Sébastien), Pascale Bodet (la propriétaire de l’appartement), Serge Bozon (le nouveau venu), Mireille Roussel (Linda), Astrid Adverbe (Adèle), Marie Anne Guerin et Julia Marty (les deux voisines), Jean Abeillé (le vieil homme), Thomas Badek (le copain de Linda), Tidiane Sarr (le psy), Pascal Cervo (forme 1)
  • Distributeur : La Traverse
  • Date de sortie : 19 juin 2019
  • Durée : 1h19

Porte sans clef

de Pascale Bodet

Faire la place


Faire la place

Porte sans clef s’ouvre sur un échange absurde entre le personnage interprété par Pascale Bodet et un enfant qu’elle aide à faire ses devoirs : « Si tu te mets à ma place, alors je me mets à ta place ». Et de place, il sera question dans tout le film, qu’il s’agisse de la trouver, de la garder ou de la quitter. La cinéaste a imaginé une fiction presque en huis clos dans son propre appartement, où elle offre puis refuse successivement l’hospitalité à ses amis. Le titre témoigne de cette ambiguïté qui fonde le film : la porte sans clef se révèle être une fausse métaphore de l’ouverture. Puisque la propriétaire est la seule à détenir la clef, chacun peut entrer aussi longtemps que tel est son souhait. Avec une économie de moyens due à des conditions de production hors de tout système, Pascale Bodet propose ainsi une réflexion sur l’accueil que l’on consent et la place que l’on accorde à l’autre, jusqu’à figurer ces interrogations de façon burlesque en saturant l’espace exigu de nouveaux arrivants sur lesquels on bute, que l’on pousse ou que l’on piétine.

En regard de cette situation intime et domestique se joue le sort des migrants, installés sous les fenêtres de l’appartement. Leur campement constitue un hors-champ omniprésent même après sa disparition, et les barrières qui l’enserrent matérialisent une limite que la cinéaste ne franchit jamais. Il s’agit moins de documenter une réalité présentée dans le film comme hors d’atteinte que d’interroger notre propre regard sur cette altérité. Dans un film où le quotidien fictionnel rencontre tout du long des enjeux sociétaux, une scène en particulier inverse ces rapports de façon fructueuse : depuis la fenêtre qui donne sur la cour (située en face de celle ouvrant sur le campement), la propriétaire tente de capter l’attention d’un voisin en contrebas qui feint de l’ignorer. On comprend alors que Pascale Bodet travaille par déplacement, se refusant à embrasser pleinement un point de vue qui n’est pas le sien (celui des migrants) pour mieux titiller notre mauvaise conscience – le personnage qu’elle interprète, on l’aura compris, n’est pas éminemment sympathique. La jalousie, la mauvaise foi et l’égoïsme guident bien souvent l’action dans ce petit théâtre qui agit comme un miroir grossissant.

Pour finir, il convient de dire encore un mot de la justesse avec laquelle la cinéaste met en scène son étrange communauté faite de personnages hétéroclites et paumés dont on ne sait rien. Ne répondant à aucun schéma narratif, il ne se construisent que dans leur rapport aux autres. En réunissant une bande de cinéma habituée aux propositions singulières (Christophe Degoutin, Astrid Adverbe, Pascal Cervo, etc.), Pascale Bodet renforce le sentiment de parfaite authenticité qui parcourt tout son film.

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