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Pour Sama
  • Pour Sama
  • (Journal d'une mère syrienne)

  • Royaume-Uni, États-Unis2019
  • Réalisation : Waad al-Kateab, Edward Watts
  • Scénario : Waad al-Kateab, Edward Watts
  • Image : Waad al-Kateab
  • Montage : Simon McMahon, Chloe Lambourne
  • Musique : Nainita Desai
  • Producteur(s) : Waad al-Kateab, Ben de Pear, Nevine Mabro, Siobhan Sinnerton, George Waldrum, Raney Aronson-Rath
  • Production : Channel 4, Frontline Films, ITN Productions
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 9 octobre 2019
  • Durée : 1h35

Le chemin des bombes


Le chemin des bombes

Pour Sama prend majoritairement place dans un hôpital d’Alep menacé par la dictature d’Assad et les bombardements russes au cours du siège de la ville fin 2016. Après s’être marié avec un médecin engagé contre le régime, Waad al-Kateab, co-réalisatrice de ce documentaire en forme de journal filmé, y donne vie à la petite Sama alors que l’étau se resserre autour des résistants. L’établissement qui accueille de plus en plus de réfugiés se révèle rapidement être un abri miraculeux où les espoirs sont encore permis. Nombreuses sont ainsi les séquences où Waad al-Kateab filme l’arrivée de blessés inconscients à l’hôpital, enregistrant l’instant suspendu où la possibilité d’une réanimation perdure encore. La cinéaste retrouve ensuite les familles meurtries sortant du bâtiment, mouvement synonyme de violent retour à la réalité. Lorsqu’un jeune garçon est par exemple déclaré mort sur son brancard, la dimension tragique de la scène ne frappe qu’à retardement, à partir du moment où sa mère décide de porter son cadavre enveloppé dans un drap blanc jusque dans la rue, sous le regard démuni des passants. Le drame et la violence de la guerre frappent d’ailleurs le plus souvent hors champ ou à distance. En témoignent les images des bombardements russes sur les quartiers voisins, enregistrés depuis une chambre surplombant la ville, ou l’attaque du premier hôpital, montrée à travers des images de vidéosurveillances re-filmées par la cinéaste, absente des lieux lors de leur destruction. La ville apparaît ici morcelée, de sorte que le couple central finit par se délaisser progressivement des lieux qui lui sont chers : tandis que l’hôpital est remplacé par un autre, l’appartement familial est abandonné, au même titre que la petite chambre dans laquelle a grandi Sama.

S’il peut faire preuve de finesse pour traduire la fragmentation d’un espace miné par la guerre, Pour Sama manque parfois de subtilité. Les trois derniers plans du film, qui ne sont pas directement issus du journal de la cinéaste, synthétisent par exemple ces limites. Plusieurs mois après la fin du siège, la caméra y suit d’abord les pas de Waad al-Kateab dans les rues dévastées d’Alep. Un contrechamp dévoile ensuite l’enfant qu’elle tient dans ses bras, la petite Sama, oubliant les décombres pour ne retenir dans le cadre que cette allégorie de la jeunesse syrienne. Enfin, une plongée s’élève vers le ciel pour lier leur destin à celui de la ville entière, qui se dévoile ici par l’entremise d’un plan filmé au drone. Ce court agencement rappelle ce que le fil du récit n’a eu de cesse de souligner (continuer à vivre revient à tracer le chemin inverse des bombes), résumant la trajectoire d’un film dont les velléités discursives finissent par atténuer la portée.

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