Dans le premier plan de Pulse, la caméra, qui traverse un appartement où se déroule une fête, s’arrête momentanément sur une jeune femme en plein freestyle de rap. Cette irruption de la performance musicale, accompagnée d’une bande-son tonitruante et des néons bleus et roses éclairant la scène, annonce d’emblée le désir d’émuler une esthétique caractéristique du vidéoclip. Le film se met ainsi au diapason de l’imaginaire de son héroïne, Elina, apprentie rappeuse qui développe bientôt une fascination malsaine pour Sofia, sa nouvelle sœur par alliance. La bande-son prolonge les pistes instrumentales sur lesquelles l’adolescente s’entraîne à rapper, tandis que la lumière colorée fait écho à ses cheveux vert pomme ainsi que ses tenues bigarrées. Les séquences s’organisent alors autour de jeux de rythme (de nombreuses coupes sont synchronisées avec les pics de la partition musicale) et d’images rutilantes constituant la limite évidente du film : la mise en scène ne vise au fond qu’à séduire.
La relation de plus en plus toxique entre les deux personnages, au cœur de l’intrigue, ne contrariera jamais ce programme et les séquences musicales ou dansantes sont atrophiées par un montage alterné dicté par le rythme de la bande-son. Le film effleure, notamment par une série de zooms et de jeux de reflets qui évoquent le cinéma de Brian De Palma, une dimension voyeuriste intrigante qui sera de la même manière rapidement désamorcée. En parallèle, ralentis extrêmes et bruitages exagérés (une natte tressée de Sofia, une goutte d’eau tombant du visage d’Elina ou les crissements d’un canapé en cuir sont distinctement soulignés) tentent lourdement d’insuffler au film une dimension charnelle. On pense au cinéma de Nicolas Winding Refn, mais auquel manquerait une béance, un appel du vide (l’étirement du temps chez le cinéaste danois) qui permettrait de créer du trouble et de charger ces fétiches d’une attraction magnétique. Le film mise au contraire sur une forme d’accumulation, multipliant les plans, les aplats de couleurs et surchargeant la bande-son, sans prendre le temps de déplier ses situations (une scène où Elina photographie une jeune femme, en la convainquant progressivement de se dénuder, fait partie des rares à instiller peu à peu un certain malaise). À force de réduire les plans à des stimuli visuels et sonores, le film paraît rapidement dévitalisé.