Quand mon tour viendra

Quand mon tour viendra

de Víctor Arregui

  • Quand mon tour viendra
  • (Cuando Me Toque a Mí)

  • Équateur2006
  • Réalisation : Víctor Arregui
  • Scénario : Víctor Arregui
  • d'après : le roman De Que Nada Se Sabe
  • de : Alfredo Noriega
  • Image : Daniel Andrade
  • Son : Juan José Luzuriaga
  • Montage : Alex Zito
  • Musique : Coda Producciones (Felipe Terán, Daniel Paredes, Pablo Aguinaga)
  • Producteur(s) : Paúl Venegas, Isabella Parra
  • Production : Xanadu Films, Otra Cosa Producciones
  • Interprétation : Manuel Calisto Sánchez (Arturo Fernández), Ramiro Logroño (Cáceres), Randi Krarup (Eulalia), José Alvear (Campos), David Nieto (Rogelio), Lalo Santi (Wilfrido), Catalina Cárdenas (Alina), Ana Miranda (Hortensia), Juan Martín Cueva (Jorge), Lupe Machado (la mère de Cáceres), Erick Chiriboga (Carlos), Isabella Parra (María Augusta), Pilar Olmedo (l'épouse de Campos)...
  • [Direction artistique] Pedro Cagigal
  • Distributeur : Hévadis Films
  • Date de sortie : 23 décembre 2015
  • Durée : 1h30

Quand mon tour viendra

de Víctor Arregui

Historias mínimas


Historias mínimas

Réalisé en 2006 en Équateur (pays à la cinématographie pour le moins clairsemée), présenté la même année au festival Biarritz Amérique Latine où il s’est vu décerner un prix d’interprétation, Quand mon tour viendra aura tout de même mis neuf ans à accéder à une (très discrète) sortie dans nos salles. Il commence par un meurtre dans une rue déserte de Quito à l’aube, sans motif apparent — l’assassin ne semble pas tout à fait maître de lui-même. Celui-ci a une famille ; plus tard dans la journée, son petit garçon est renversé par une voiture. À quelque temps de là, un émigré colombien envers qui il a contracté quelque affection prend part à une agression violente, mais y laisse sa peau, pendant que ses complices prennent en otage un chauffeur de taxi. La victime de l’agression est interne dans un hôpital… À Quito le monde est petit, semble nous dire le scénario qui emboîte d’autres petites histoires comme celles-ci, dont quelques personnages ont un point commun supplémentaire, celui de finir sur la table du médecin légiste Arturo Fernández, le vrai protagoniste de ce film. Ce dernier se fait la voix de la conscience sociale du récit, s’appuyant sur des traits communs (pour ne pas dire clichés) à nombre de médecins légistes de fiction : notamment, il se prend à parler aux cadavres et à philosopher en conséquence, sa particularité étant d’en tirer des considérations désabusées et mornes sur la société équatorienne. On n’est cependant guère surpris de le trouver beaucoup moins doué à communiquer avec les vivants, à commencer par sa propre famille qui vient interférer avec son travail, mettant à mal sa posture de neutralité face à l’état des choses qu’il commente.

La morgue et le comptoir

Quand mon tour viendra se montre plutôt explicite sur ses intentions, mais surtout (et c’est ce qu’on regrette) très premier degré dans son application. Sa démarche ressemble un peu trop à celle du lourd Amours chiennes, ce film qui a hélas propulsé le Mexicain González Iñárritu sur la scène internationale : soit un film choral s’amusant à faire se croiser des petites fictions dans la même ville pour prétendre en tirer un état des lieux, souvent des lieux communs sur la violence urbaine, la corruption, la vie, la mort, le destin, l’espoir, etc. Quand mon tour viendra est évidemment plus modeste qu’Amours chiennes, fuyant le tour de force et l’hystérie. Son auteur Víctor Arregui mène son récit avec doigté, jouant de l’ellipse et du parallélisme des parcours de personnages, s’offrant quelques plaisirs communicatifs, comme ce plan fixe sur Arturo et sa famille qui laisse planer une énigme (Arturo aurait-il gaffé sur le secret que son frère voulait révéler aux parents ?). On n’en regrette que plus amèrement qu’in fine, il se contente de dresser un tableau de banalités flirtant avec une trop familière tendance de world cinema d’Amérique latine.

Le traitement d’Arturo, notamment, déçoit. Voilà un protagoniste porteur de promesses de tranchant et de paradoxes, et dont le film ne semble vouloir tirer — et rabâcher — que les constats les plus immédiats. Ainsi ses commentaires sociaux prennent-ils le ton peu offensif de lamentations de comptoir (une dimension peut-être assumée, lui et son assistant s’offrant volontiers une petite goutte de gnôle à la table de la morgue), et ses excentricités (sa relation aux morts) ne font-elles que l’effet d’un détail amusant mais vain. Quant à ses difficultés à aller vers les autres et le monde, le film ne les met en scène que pour finalement les lui brandir à la face comme un jugement moral, au travers des réflexions de son entourage et même de ses propres mots, puisqu’on le lui fait constater à voix haute comme si le spectateur ne l’avait pas déjà formulé de lui-même. Curieux usage, pour révéler l’état alarmant d’une société, d’un personnage pour lequel on n’éprouve visiblement pas assez d’estime et d’intérêt pour le mettre en scène plus subtilement que cela.

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