R.I.F. (Recherches dans l’Intérêt des Familles)

R.I.F. (Recherches dans l’Intérêt des Familles)

de Franck Mancuso

  • R.I.F. (Recherches dans l’Intérêt des Familles)

  • France2010
  • Réalisation : Franck Mancuso
  • Scénario : Franck Mancuso
  • Image : Thomas Hardmeier
  • Montage : Jennifer Augé
  • Musique : Louis Bertignac
  • Producteur(s) : Patrick Gimenez, Fabio Conversi
  • Interprétation : Yvan Attal (Stéphane Monnereau), Pascal Elbé (Bertrand Barthélémy), Armelle Deutsch (Marion Marquand), Valentina Cervi (Valérie Monnereau), Agnès Blanchot (Charlène Riback)...
  • Date de sortie : 31 août 2011
  • Durée : 1h30

R.I.F. (Recherches dans l’Intérêt des Familles)

de Franck Mancuso

Tromper l'ennui


Tromper l'ennui

Toute appréciation d’un film exprime un éventail implicite d’attentes, éphémères ou pérennes, de la part du spectateur. De celles-ci est tributaire le degré de satisfaction immédiate procuré par l’œuvre (des satisfactions non immédiates, nous nous garderons de parler pour l’heure). Dans le cas de R.I.F., on peut ainsi deviner deux possibilités. Si le déplacement jusqu’à la salle de cinéma répondait à la seule intention de tromper son ennui, alors le film aura été à la hauteur. Dans tout autre cas de figure, le manque d’enjeu qui gangrène cette production risquera fort de produire un effet désolant.

Écrit et réalisé par un habitué du genre (Contre-Enquête, 36 quai des Orfèvres), interprété sans grande subtilité mais avec conviction, R.I.F. est capable de tenir en haleine un spectateur indulgent pendant une heure trente. Son argument de départ est le suivant : Stéphane Monnereau, un policier surmené et nerveux, part en week-end avec sa femme et son fils afin de tenter de réchauffer des rapports conjugaux devenus tièdes. Suite à une panne de voiture en pleine campagne, il est contraint de se séparer de sa femme pendant un moment. À son retour, elle a disparu. Le mari-flic met alors tout en œuvre pour la retrouver.

Comme de coutume dans ce genre cinématographique particulier qu’est le polar à la française, R.I.F. se contente de mettre en œuvre à partir de ce point de départ une mécanique narrative usée par quelques décennies de production télévisuelle. Les différentes pistes qui demandent à être explorées pour éclaircir le mystère – parfois à la limite du plausible – s’enchaînent sans que l’on nous laisse le temps de nous y intéresser, comme pour nous empêcher de zapper. Rien dans le scénario n’a d’autre but que celui de faire progresser l’action : l’aubergiste a de la sympathie pour Monnereau, étant elle-même veuve, afin de pouvoir servir d’adjuvant un peu plus loin dans l’histoire ; si la maman se blesse accidentellement au début du film, c’est uniquement pour que l’on puisse par la suite retrouver son sang dans le véhicule familial, et ainsi de suite. L’inconsistance de cette dramaturgie a quelque chose de terriblement rétrograde – malgré ses moyens limités, la télévision elle-même offre aujourd’hui régulièrement des récits d’une épaisseur bien supérieure.

À l’époque où il était encore rare de faire d’un personnage plutôt antipathique le héros d’un film, R.I.F. aurait pu passer pour légèrement subversif. Il est aujourd’hui bien trop tard ; le film conserve l’apparence de l’anticonformisme pour mieux fuir les pistes qui auraient pu y mener plus profondément. Le seul discours qui s’en dégage se résume à : « Ce n’est pas bien d’être agressif, surtout quand on est policier. Mais heureusement il y a aussi des policiers gentils. » La rugosité superficielle que la personnalité du personnage principal donne au film ne nous fera pas croire bien longtemps que ce choix est le moyen d’expression d’un véritable point de vue sur le monde. Il réussit en tout et pour tout à restreindre l’empathie du spectateur, et donc son implication dans le récit.

Dans ses images, Mancuso fait preuve d’une conception du cinéma tout aussi grossière. Les partis pris de mise en scène se limitent à l’application de l’une des formules de base du cinéma policier contemporain : une photographie saturée et granuleuse, une caméra à l’épaule allègrement secouée. On ne peut pas dire que R.I.F. soit un film raté, il est plutôt dénué de toute ambition esthétique, et donc de toute portée. Même en restreignant nos exigences, on ne peut manquer d’en attendre un peu plus d’un film policier : des émotions un tantinet plus profondes, une rencontre avec le monde fictionnel légèrement plus poussée que celle que nous propose ce triste petit objet.

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