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Rara
  • Rara

  • Chili2016
  • Réalisation : Pepa San Martín
  • Scénario : Pepa San Martín, Alicia Scherson
  • Image : Enrique Stindt
  • Décors : Amparo Baeza
  • Montage : Soledad Salfate
  • Musique : Ignacio Pérez Marín
  • Producteur(s) : Macarena Lopez
  • Interprétation : Mariana Loyola (Paula), Agustina Muñoz (Lia), Julia Lübbert (Sara), Emilia Ossandon (Catalina), Daniel Muñoz (Victor)
  • Distributeur : Outplay
  • Date de sortie : 21 juin 2017
  • Durée : 1h28

La fin de l'enfance


La fin de l'enfance

Inspiré de la véritable histoire d’une femme juge privée de la garde de ses enfants en raison de son homosexualité, Rara pourrait n’être qu’un film-dossier de plus dont la mécanique scénariste reposerait avant tout sur un principe d’opposition entre le progressisme d’un discours et un contexte rétrograde : ici, il s’agirait d’offrir une plongée dans la société chilienne contemporaine dont l’apparente modernité en termes de mœurs (les couples homosexuels y sont désormais reconnus par la loi) est mise à rude épreuve par les automatismes patriarcaux et conservateurs d’un pays encore fortement imprégné de tradition catholique. Bien heureusement, dès les premières séquences, on comprend que Pepa San Martín n’a pas voulu faire de son film un exposé sociologique à coup de scènes édifiantes. Au contraire, c’est davantage le quotidien banal de cette famille normale dont le mode de vie est arbitrairement remis en question qui constitue la matrice de ce film généreux, empathique mais ne tombant jamais pour autant dans le lénifiant. Il faut reconnaître à la réalisatrice le parti-pris de ne jamais courir après le spectaculaire, de ne jamais encombrer cette chronique familiale de rebondissements artificiellement gonflés : la colère que peut inspirer la contestation de la légitimité du couple de femmes reste même contenue, le combat qu’elles mènent toutes les deux étant appréhendé avec une distance bienvenue qui ne tombe jamais dans la démonstration de force. La réussite modeste du film tient également au fait que la caméra délaisse assez rapidement le point de vue de la mère biologique dont l’autorité est progressivement contestée pour se ranger derrière celui de la fille aînée, aux portes de l’adolescence et en plein désir de normalité. Ce déplacement de l’enjeu et du point de vue donne au résultat une dimension d’autant plus intéressante qu’elle déleste le film du manichéisme que l’on pouvait craindre.

À juste hauteur

Si l’ex-mari de la mère biologique n’hésite pas à s’engouffrer dans l’opportunité d’une bataille juridique qui lui permettrait d’avoir la garde de ses deux filles, ce n’est jamais de lui ou des autorités que viendra la contestation de cette organisation familiale. C’est de la fille aînée, qui se met progressivement à douter du schéma de vie dans lequel elle évolue, que vient cette douloureuse remise en question. À partir de simples petits détails (organiser une fête d’anniversaire, dévoiler à ses camarades de classe son environnement, craindre que le garçon courtisé ne s’intéresse finalement plus à elle), s’ouvre une brèche qui amène la jeune fille à formuler des désirs dont elle est loin d’imaginer les conséquences sur le quotidien de celles qui l’élèvent. Mais toute la subtilité du film tient à cette distance que la mise en scène préserve entre le drame qui est en train de se jouer et le regard distancié de l’enfant qui ne comprend finalement pas grand chose à cet affrontement. À l’image, cela passe le plus souvent par des choix de cadre qui mettent les adultes à distance du regard de l’enfant : celui-ci n’entend que des disputes aux sons étouffés et perçoit l’émergence de nouveaux conflits dont l’acmé ne sera atteint qu’en hors-champ ou au cours des ellipses. C’est dans cet écart de perception des événements que viennent se nicher le malentendu et une délicate mélancolie qui nourriront la culpabilité de l’aînée, encore trop jeune pour prendre la mesure de sa responsabilité. Pour autant, le film a l’intelligence de ne désigner aucun coupable : même si on pressent le gâchis vers lequel les personnages se précipitent, Rara n’affiche aucunement la volonté de nous faire la leçon. Chacun a ses propres raisons de croire en la légitimité de ses demandes, celles-ci venant trouver leur fondement dans un passif dont nous n’aurons jamais connaissance. Pas plus que nous ne saurons l’issue de ce début de combat : le film de Pepa San Martín s’en tient humblement à capter l’instant présent où l’enjeu se cristallise soudainement. Grâce à cela, elle parvient à se saisir avec une belle acuité du drame de l’enfant qui bascule brutalement dans le monde adulte et se formule pour la première fois que plus rien ne sera comme avant.

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