Reine d’un été
© Les Films du Préau
Reine d’un été
    • Reine d’un été
    • (Königin von Niendorf)
    • Allemagne
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Joya Thome
  • Scénario : Joya Thome, Philipp Wunderlich
  • Image : Lydia Richter
  • Décors : Henning Müller-Fahlbusch
  • Costumes : Laura Büchel
  • Son : Sascha Etezazi, Alexander Leemhuis
  • Montage : Carole Sultan Brauermeister, Joya Thome
  • Musique : Conrad Oleak
  • Producteur(s) : Philipp Wunderlich, Joya Thome, Felix von Boehm
  • Production : Joya Thome Filmproduktion, Lupa Film
  • Interprétation : Lisa Moell (Lea), Denny Moritz Sonnenschein (Nico), Salim Fazzani (Robert), Ivo Tristan Michligk (Paul), Moritz Riek (Moritz), Elias Sebastian (Léon), Mex Schlüpfer (Max Wagenburg), Til Schindler (Tim)
  • Distributeur : Les Films du Préau
  • Date de sortie : 29 août 2018
  • Durée : 1h07

Reine d’un été

Königin von Niendorf

réalisé par Joya Thome

L’été vient de commencer. Plongée dans la torpeur estivale, Lea – 10 ans, plus tout à fait fillette, pas encore adolescente – aborde ses grandes vacances avec l’envie de vivre de nouvelles expériences. Sa curiosité naturelle la pousse vers une bande de garçons qui lui imposent plusieurs défis afin de l’accepter dans leur groupe. Au gré des épreuves qui la font vagabonder dans les environs, la jeune fille croise la route de marginaux avec lesquels elle scelle une sorte de pacte secret reposant sur une compréhension tacite qui se passe de toute explication. Ouverte à ce monde mouvant, Lea pose son regard pas si innocent sur cet environnement souvent trop lisible ou parfois étrange. À l’écoute de sa protagoniste, Joya Thome met en scène chacune de ces pérégrinations toujours à juste hauteur du regard de son héroïne. Néanmoins, en dépit de cette volonté de réalisme, la réalisatrice s’attache à faire la distinction entre deux espaces pour mieux marquer la frontière dont Lea est amenée à prendre conscience : d’un côté, il y a le monde adulte, vaguement indéchiffrable et à distance, régi par des codes sociaux qui ne sont pas encore ceux des plus jeunes ; de l’autre, le monde de l’enfance, obéissant à ses rites et sa hiérarchie, à un langage duquel les plus âgés sont exclus.

Trait d’union

Cette « reine d’un été » que célèbre ici la jeune réalisatrice allemande devient ce trait d’union entre deux mondes au sein desquels elle ne trouve pas pleinement sa place. Mais plutôt que de tomber dans un symbolisme appuyé qui passerait par des scènes explicatives et sans non plus courir après l’efficacité narrative en multipliant les rebondissements, le film de Joya Thome préfère capter le délitement du temps au cœur de cette parenthèse estivale et nourrir son propos d’une apesanteur mélancolique qui semble suspendre le corps de la jeune actrice (la belle révélation du film). Le résultat pourra laisser certains spectateurs sur le bord du chemin tant la discrétion avec laquelle la réalisatrice suit sa protagoniste donne à Reine d’été des accents de film mineur. Ce serait ne pas rendre justice à l’humilité qui parcourt de bout en bout cet estimable objet : le retrait dont il est ici question n’est pas le signe d’un désengagement d’un auteur face à son sujet ; ici, il traduit simplement la retenue avec laquelle est abordé le parcours de cette jeune fille qui – le temps de quelques semaines en dehors de ses obligations d’élève et de petite fille modèle – se déleste de ses ornières pour s’ouvrir pleinement à toute la belle complexité du monde.

Réagir