Rock the Casbah

Rock the Casbah

de Laïla Marrakchi

  • Rock the Casbah

  • France2013
  • Réalisation : Laïla Marrakchi
  • Scénario : Laïla Marrakchi
  • Image : Pierric Gantelmi d'Ille
  • Son : Cédric Deloche
  • Montage : Jennifer Augé
  • Musique : Laurent Garnier, Rob
  • Producteur(s) : Stéphanie Carreras, Souad Lamriki, Bénédicte Bellocq, Romain Le Grand
  • Production : Estrella Productions, Agora Films, Pathé
  • Interprétation : Morjana Alaoui (Sofia), Nadine Labaki (Miriam), Lubna Azabal (Kenza), Hiam Abbass (Aicha), Adel Bencherif (Zakaria), Raouia (Yacout), Omar Sharif (Moulay Hassan), Lyes Salem (Youssef)...
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Date de sortie : 11 septembre 2013
  • Durée : 1h40

Rock the Casbah

de Laïla Marrakchi

Famillle nombreuse, famille heureuse ?


Famillle nombreuse, famille heureuse ?

Après la comédie dramatique Marock, Laïla Marrakchi replonge dans les coulisses de la classe supérieure marocaine. Dans un mélodrame où les rires se mêlent aux larmes, elle met en scène les règlements de comptes d’une famille en deuil. Servi par des interprètes convaincants, Rock the Casbah demeure un gentil film cousu de fil blanc.

À Tanger, Omar Sharif, tout vêtu de blanc, joue les conteurs dans le jardin d’une grande villa. Il nous explique comment les projections marocaines étaient autrefois précédées de l’intervention d’un bonimenteur chargé de prévenir les spectateurs sur les rebondissements de l’histoire. Ouvrir le film sur un Sharif narrateur, c’est convoquer toute une mémoire cinématographique censée auréoler le film. Mais Rock the Casbah s’avère moins surprenant que cette ouverture voudrait nous le faire croire. Sharif nous invite donc à entrer dans cette maison où il est mort le jour même, pour nous faire découvrir une famille fantasque mais semblable à tant d’autres. À la mort du patriarche, Sofia (Morjana Alaoui) arrive des États-Unis après de longues années d’absence. Actrice cantonnée aux rôles de terroristes dans des films d’actions américains, elle retrouve non sans heurt ses sœurs : Miriam (Nadine Labaki), femme superficielle en quête d’attention, et Kenza (Lubna Azabal), enseignante respectueuse des traditions. Le trio se renvoie à ses contradictions, chacune décriant les choix de vie de l’autre dans une incompréhension réciproque et une douleur mutuelle. Le regard de Sofia, plus extérieure au cocon familial, organise une narration organisée autour de la grande demeure familiale, beau tableau au vernis craquelé par les souvenirs honteux et les secrets difficiles à garder. Bref, un foyer ordinaire…

Comme tant d’autres films en ce moment, Rock the Casbah est conçu selon une structure chapitrée : trois jours de deuil traditionnel, trois actes dans le scénario, trois bulles pour déchaîner les passions. On assiste ici à la reconfiguration d’un modèle narratif balisé et d’un style visuel policé, proche de la dramedy hollywoodienne actuelle. Le drame réel du film se joue dans le rapport aux traditions pour cette famille aisée. Les enjeux culturels font donc la petite différence et creusent un peu (un peu seulement) l’identité du film. Ainsi, Rock the Casbah déploie à la volée toutes les questions possibles sur la féminité dans le Maroc d’aujourd’hui. Les tensions sont nombreuses : responsabilité morale de la femme dans le couple, double obligation sociale du rôle de mère et d’épouse (l’Américaine est décriée pour sa distance avec son époux et la méconnaissance de la langue arabe par son fils), importance de l’apparence féminine (une des sœurs pratique la chirurgie esthétique de façon compulsive, une autre se voit reprocher son manque de soin vestimentaire), fidélité aux origines (le mariage avec un étranger demeure une trahison)… L’argent ne transcende pas les contraintes culturelles, les interdits religieux, le poids des valeurs familiales pour ces femmes libérées en apparence seulement. L’idée est belle, mais sa figuration se joue sur un catalogue de clichés. On multiplie les situations-types comme on enfilerait des perles.

De plus, les ficelles du récit sont connues d’avance, malgré certaines séquences bien pêchues (comme les règlements de comptes entre sœurs lors des scènes de repas). Laïla Marrakchi manie très bien l’art de la punch line mais le film se perd parfois en paroles au lieu de faire confiance à ses interprètes dans les moments sensibles. Les personnages les plus émouvants sont d’ailleurs les moins loquaces : la maîtresse de maison (Hiam Abbass) et sa domestique (Raouia), deux mères unies par une étrange relation d’amour et de haine qui laisse très vite entendre comment leur destin a été lié par le défunt. Rock the Casbah se laisse donc regarder avec une certaine affection et ne s’interdit pas de nous faire rire avec sa galerie de portraits féminins plutôt attachants. Mais ce film plein de bon cœur demeure bien trop lisse pour ne pas lasser.

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