Sangre de Mi Sangre

Sangre de Mi Sangre

de Jérémie Reichenbach

  • Sangre de Mi Sangre

  • France2014
  • Réalisation : Jérémie Reichenbach
  • Image : Jérémie Reichenbach
  • Son : Jérémie Reichenbach
  • Montage : David Jungman
  • Musique : Frank Williams, Benoit Daniel, Olivier Bodin
  • Producteur(s) : Adonis Liranza, Matthieu de Laborde, Carmen Guarini
  • Production : Quilombo Films, ISKRA, El Desencanto
  • Distributeur : ISKRA
  • Date de sortie : 22 avril 2015
  • Durée : 1h19

Sangre de Mi Sangre

de Jérémie Reichenbach

La chair tendre


La chair tendre

Au fil de plusieurs voyages, sur une période de quatre ans, Jérémie Reichenbach a partagé le quotidien d’une famille de Bahia Blanca, au sud-ouest de Buenos Aires. Partager, telle est sans doute la clé de voûte de ce film splendide, tant la caméra fait corps avec les personnes qu’elle regarde, nous plonge au sein d’une communauté généreuse, où tout est affaire de lien et de transmission. Jour après jour, le jeune Tato et ses proches travaillent dans un abattoir dont ils ont repris le contrôle suite à une longue occupation : licenciés après la fermeture du lieu, ils ont fini par en récupérer la gestion et s’organisent désormais sans patron. Si cette lutte passée irrigue forcément le récit et revient enflammer les discussions – comme dans la scène mémorable de la répartition des bénéfices, où il faut décider la part revenant à chacun selon son implication – elle apparaît d’abord comme l’élément moteur d’une réflexion plus vaste autour de la vie en groupe.

Car ici tout se fait et se construit ensemble : communier à l’église, préparer un repas, réparer une moto, chanter un morceau en s’accompagnant à la guitare… Avec une grande fluidité, Sangre de Mi Sangre développe patiemment ce motif, qui prend des formes diverses : les rapports de couple, entre parents et enfants, ou entre collègues sont observés avec une égale délicatesse. Chaque séquence entre ainsi en résonance avec la précédente, créant par touches successives un tableau harmonieux et complexe, interrogeant sans cesse le collectif (à travers la musique, la religion ou la langue mapuche).

Douce intimité

Loin du film à sujet, Jérémie Reichenbach parvient à cet équilibre sans appuyer son propos ni s’appesantir, comme s’il restituait devant nous le mouvement continu de la vie, rythmée par ses événements comme ses temps morts. Dans ce grand cycle tout se mélange alors : la foi et la politique, le travail et l’amour. Même les moments tournés dans l’abattoir s’intègrent sans heurt au reste du film, alors que le cinéaste n’atténue ni la violence propre à l’endroit (le sang des bêtes coule bel et bien) ni la souffrance induite par ce labeur (« J’ai l’impression d’avoir les mains raides » dit l’un des travailleurs au vestiaire).

Le film touche enfin et surtout par la tendresse dont il témoigne, la douce attention portée aux visages, aux gestes et rires de ses protagonistes. Cette qualité fondamentale doit certainement beaucoup à la relation d’intimité nouée par le réalisateur avec ces hommes et ces femmes qu’il rencontre, dont il capte la grâce et la beauté. Sans jamais se montrer intrusif, il saisit au plus près leurs joies et leurs conflits, et les sentiments de Tato pour sa mère et sa compagne irradient l’écran. Soutenu par un lyrisme discret, Sangre de Mi Sangre s’envole ainsi vers une émotion rare, simple et véritable.

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