Sans état d’âme

Sans état d’âme

de Vincenzo Marano

  • Sans état d’âme

  • France2008
  • Réalisation : Vincenzo Marano
  • Scénario : Candice Hugo, Clara Dupont-Monod, Marc Quentin
  • d'après : le livre Histoire d'une prostituée
  • de : Clara Dupont-Monod
  • Image : Stefano Paradiso
  • Décors : Yves Fournier
  • Son : Sylvianne Bouget, Philippe Welsh
  • Montage : Stéphanie Gaurier
  • Musique : Simon Cloquet
  • Producteur(s) : Elisabeth Bocquet, Sergio Gobbi, Carine Zaluski
  • Production : Les Films de l'Astre, TF1 Films Production, Filmexport Group, Canal+
  • Interprétation : Laurent Lucas (Martin Delvaux), Hélène de Fougerolles (Jeanne), Thierry Frémond (Grégoire), Candice Hugo (Sarah), Anna Galiena (tante Louise)...
  • Date de sortie : 2 avril 2008
  • Durée : 1h37

Sans état d’âme

de Vincenzo Marano

Du rififi chez les requins


Du rififi chez les requins

Un meurtre dans un milieu où la loi du silence est la règle. La recette est très simple : prenez une dose de prostitués de luxe, un juge aux dents longues, une journaliste, une grosse louche de flic intègre et une Madame Claude. Vous obtenez donc un Sans état d’âme de Vincenzo Marano, atroce et indigeste brouet. Ainsi qu’un symptôme de plus de la contamination télévisuelle, certes ici sans ses vedettes mais avec toute sa mécanique, de nos chers (grands) écrans.

Dès le début, Vincenzo Marano fait tout à l’envers. Le générique d’ouverture met par terre tout le boulot de Rob Stewart qui entreprendra sur nos écrans à partir du 12 avril, avec Les Seigneurs de la mer, une vaste entreprise de réhabilitation du requin, animal finalement doux comme un agneau. Alors que l’on sait grâce à Black Sheep de Jonathan King que le mouton est loin d’être inoffensif. Bref les lignes bougent actuellement au sein du règne animal, mais le réalisateur a la tête dure et il nous montre donc les affreuses mâchoires des sales bestioles baignant dans la lumière verdâtre de leur aquarium. On se dit qu’au début du XXIe siècle, plus personne nous fera le coup de la puissante métaphore suivante : requin/humain même combat. Si, il ose ! Et au cas où ça manquerait de clarté dans l’énonciation, Martin Delvaux (Laurent Lucas, que l’on est attristé de découvrir dans ces basses eaux), un cynique juge d’instruction, n’arrête pas de nager pendant tout le film dans sa chouette piscine personnelle. À moins qu’il veuille devenir sportif de haut niveau, parce qu’on finit étrangement par le retrouver dans les vestiaires du stade de France, et l’on se demande alors si l’équipe de France ne va pas débouler d’un instant à l’autre.

Il serait tentant de faire l’impasse sur l’intrigue brouillonne de ce thriller psychologisant, adapté du récit Histoire d’une prostituée de Clara Dupont-Monod. Essayons quand même. Une jeune fille qui devait témoigner à charge contre une mère maquerelle tombe d’une fenêtre en plein sur une Peugeot 406 de la police, qui porte logiquement plainte pour détérioration d’un bien public avec préméditation. Bon sans blague, tout cela agite le juge Delvaux qui ne trouve rien de mieux que de fricoter depuis 2 ans avec Sarah (Candice Hugo), une autre poule de luxe de l’écurie de Tante Louise (Anna Galiena). La première sera amenée à témoigner contre la deuxième pour remplacer la morte. S’agitent aussi une journaliste idéaliste (Hélène de Fougerolles) qui se déplace en scooter et un flic intègre divorcé (Thierry Frémont) qui écrit des histoires d’amour au lieu de dormir la nuit. Ne déflorons pas l’insupportable suspens, mais parmi ces personnages, on trouvera : un ou une coupable et deux personnes dissemblables partageant les mêmes géniteurs.

À de très nombreuses reprises, le comble du ridicule est atteint, notamment lorsque Sarah, complètement écœurée par ce monde pourri, vomit son Slim Fast goût vanille dans l’évier de son appartement. Visiblement en mal de reconnaissance, Vincenzo Marano, jusqu’alors téléfilmeur et directeur de la photo pour le cinéma, adopte un style visuel absolument monstrueux. On finit notamment par se questionner sur cette étrange fascination, entre autres, pour les lumières criardes des aquariums et les reflets des baies vitrées la nuit. L’habillage musical, quant à lui, oscille entre du Éric Serra revisité et du lounge d’ascenseur. Décors hideux, dialogues absolument catastrophiques, rien à sauver. Dans une telle galère, les acteurs ne sont peut-être pas les plus à blâmer dans l’affaire. Aucun ne parvient à surnager, la plupart touche le fond, mais la palme de la rapidité pour l’atteindre revient incontestablement à Candice Hugo.

Il y a pourtant un moment magique qui pourrait bien parler, telle la madeleine pour Proust (pardon de le convier ici), aux adolescents mâles hétérosexuels (pardon pour le reste de l’humanité…) qui continuent de sommeiller chez certains jeunes adultes, à commencer peut être en la personne du réalisateur. Lorsque Sarah reçoit dans son nid un latin lover de client, étreinte dont la journaliste est la spectatrice complice, on assiste à une brillante reconstitution de film érotique du dimanche soir sur M6, injustement bouté hors de la grille des programmes voilà quelques années pour de sombres raisons mercantiles. Vincenzo Marano a bien raison sur ce point : le monde est cruel. Qu’il se rassure, car il tient déjà sa revanche. Son film sera vu par quelques millions de spectateurs, sur TF1, qui coproduit le produit. Quand ça ? Bientôt, un dimanche soir.

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