Source : Versus Production
Simon Konianski

Simon Konianski

de Micha Wald

  • Simon Konianski

  • Belgique, France, Canada2009
  • Réalisation : Micha Wald
  • Scénario : Micha Wald
  • Image : Jean-Paul De Zaeytidj
  • Montage : Susana Rossberg
  • Producteur(s) : Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart
  • Interprétation : Jonathan Zaccaï (Simon), Popeck (Ernest), Abraham Leber (Maurice), Irène Herz (Mala)...
  • Distributeur : Haut et Court
  • Date de sortie : 29 juillet 2009
  • Durée : 1h40

Simon Konianski

de Micha Wald

Moi un Juif


Moi un Juif

Simon Konianski est centré sur le personnage homonyme, alter ego du cinéaste déjà entrevu dans le court-métrage Alice et moi. Sa relation à la judéité étant aussi viscérale qu’insupportée et problématique, il est entraîné sur les chemins de la mémoire familiale et de l’échec de son existence présente. Cette ode à « l’humour juif » arrache quelques sourires, mais elle tourne surtout et bien souvent à vide.

Simon Konianski est une galerie de personnages centrée sur la communauté juive, ici de Belgique. Celle-ci est grandement travaillée par la mémoire de la Shoah, notamment Ernest (Popeck), le père, rescapé des camps de la mort ressassant obsessionnellement ce funeste souvenir. Il y a aussi l’oncle Maurice (Abraham Leber) totalement parano, vétéran de la guerre d’Espagne où il a combattu dans les brigades juives internationales, qui craint d’être appréhendé par la Stasi à chacune de ses sorties. N’oublions pas la tante Mala (Irène Herz), une mégère dont les survêtements en peau de pêche n’ont d’égal que ses improbables brushings. Tout ce petit monde est, à la manière des fans de football, supporter d’Israël (des petits drapeaux partout), surtout quand il s’agit, à Gaza, de régler son compte à ces « nazis du Hamas ».

Simon (Jonathan Zaccaï), spécimen du trentenaire attardé dépressif sous cachetons, est de retour chez son père ; tout transpire chez lui une existence en train de tourner au désastre, d’autant plus qu’il pointe au chômage, malgré des études universitaires de philosophie. Les relations père-fils ne sont pas des plus sereines, Simon s’est construit en réaction, notamment en se choisissant une compagne goy (non juive), avec qui il a un fils et qui vient de le larguer, ou en se faisant un acharné défenseur des palestiniens. Il se situe dans une provocation permanente, comme en témoigne son ticheurte « I drink Palestinian beer ». Micha Wald, qui a baigné dans ce jus durant sa jeunesse, y met beaucoup de lui-même et fait de Simon son alter ego à l’écran, avec un souci du détail et de la reconstitution grinçante d’une atmosphère étouffante, mais ceci, comme il faut un peu de bons sentiments, non sans tendresse.

Et lorsque le père casse sa pipe, il s’agit d’aller rapatrier le corps dans son lieu d’origine, en Galicie, ancienne région de Pologne aujourd’hui en Ukraine. Le film quitte alors la tendance confinée de la première partie pour se lancer dans un road-movie à travers des pays pas très neutres, dont l’Allemagne et la Pologne. L’équipage est bringuebalant, Simon embarque son fils, son oncle parano et sa vieille tante acariâtre. La compagnie prend place dans un 4x4, et en route avec le cadavre dans le coffre ! Si l’on ne peut considérer que l’on était transporté auparavant, le film pique alors du nez dans un arc narratif d’une banalité assez confondante ; ce voyage sera des plus profitables pour Simon, il lui permettra de s’affirmer en tant qu’homme, mais aussi de se réconcilier avec son père, mais aussi, tenez-vous bien, avec lui-même et son ex.

Jonathan Zaccaï ne ménage pas sa peine et constitue la promesse d’un certain potentiel comique, mais Simon Konianski manque d’unité et surtout de rythme. La faute à une mise en scène tout à fait terne, qui n’impulse rien d’un point de vue comique. Les apparitions post-mortem du père, jusque dans les chiottes du camp de Majdanek, sont assez ridicules. Quant à l’écriture, malgré quelques répliques bien senties, elle hésite entre film à sketchs et récit plus traditionnel sans trouver un véritable cap. Alors que Micha Wald semblait viser le décalage et le politiquement incorrect, on se retrouve face à un divertissement bien sage. Alors qu’on sent qu’il prétend vouloir dire beaucoup sur la judéité, il ne formule pas grand chose qui puisse réellement donner quelque perspective stimulante. Ce que l’on a envie de faire en sortant d’une projection de Simon Konianski, ce ne serait pas de l’oublier puisque c’est comme si c’était fait ; non, ce serait plutôt de parcourir Maus d’Art Spiegelman, ou bien un roman de la magnifique et poignante incarnation du Juif errant que fut Joseph Roth, originaire lui aussi de Galicie.

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