Sous les jupes des filles

Sous les jupes des filles

de Audrey Dana

  • Sous les jupes des filles

  • France2014
  • Réalisation : Audrey Dana
  • Scénario : Audrey Dana, Murielle Magellan, Raphaëlle Desplechin
  • Image : Giovanni Fiore Coltellacci
  • Décors : Bertrand Seitz
  • Costumes : Charlotte Betaillole
  • Son : Nicolas Provost
  • Montage : Hervé de Luze, Julien Leloup
  • Musique : Imany
  • Producteur(s) : Olivier Delbosc, Marc Missonnier
  • Interprétation : Alice Belaïdi (Adeline), Audrey Dana (Jo), Alice Taglioni (Marie), Julie Ferrier (Fanny), Laetitia Casta (Agathe), Isabelle Adjani (Lili), Géraldine Nakache (Ysis), Marina Hands (Inès), Audrey Fleurot (Sophie), Vanessa Paradis (Rose), Sylvie Testud (Sam)...
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Date de sortie : 4 juin 2014
  • Durée : 1h56

Sous les jupes des filles

de Audrey Dana

Jeunes et jolies


Jeunes et jolies

Questionnement de haute volée pour le premier long métrage de l’actrice Audrey Dana (également scénariste) qui tente de cerner ce qui fonde la féminité au XXIe siècle. Libérées, émancipées, les filles et petites-filles de féministes jonglent aujourd’hui entre leurs carrières, leurs enfants, leurs amoureux si elles en ont ou la chasse au géniteur si elles en sont encore dépourvues. Mais comment concilient-elles ces vies parallèles ? Digne d’un dossier de magazine féminin, Sous les jupes des filles enquille les clichés mais le casting évite in extremis le naufrage du film.

Une chorale bourgeoise

Paris, 28 jours de printemps, onze femmes (une sorte d’équipe de foot), tel est le « pitch » du métrage. Pour l’originalité, on repassera. Évidemment, le soleil illumine la plupart du temps de magnifiques appartements haussmanniens ou au moins des cents mètres carrés bien situés (la crise du logement semble définitivement ne pas intéresser les réalisateurs), les héroïnes y flânent habillées en Chanel ou en Zadig et Voltaire, bref, encore une fois la comédie sociétale s’installe dans les beaux quartiers. Au-delà de cet état des lieux embourgeoisé, Sous les jupes des filles embrasse l’ambition de la diversité dans le choix de ses personnages, cherchant à créer un kaléidoscope de la Femme à travers onze jeunes femmes. Jeunes, car même la plus âgée (Isabelle Adjani en l’occurrence) ne paraît pas son âge… Bref, Ysis (Géraldine Nakache), la femme au foyer insatisfaite de sa vie de couple se verrait bien débuter une liaison avec Marie (Alice Taglioni), la baby-sitter des enfants. Agathe (Laetitia Casta) semble avoir trouvé le prince charmant tandis que sa sœur Jo (Audrey Dana) entretient une relation avec un homme marié (l’excellent Alex Lutz). Mais celui-ci peine à choisir entre sa maîtresse et Inès (Marina Hands) son épouse, qui travaille avec une frigide (Audrey Fleurot), le mari d’Ysis et Lili, une patronne ménopausée (Isabelle Adjani donc) dont la sœur (Sylvie Testud) est atteinte d’hypocondrie. Si on ajoute à cela une conductrice de bus nymphomane (Julie Ferrier), une executive woman désespérément seule (Vanessa Paradis) et sa gentille assistante (Alice Belaïdi), le casting est au complet.

So cliché

Construit comme un vaudeville (les différentes liaisons adultères servant de fil conducteur et de liant entre les divers personnages), Sous les jupes des filles s’applique à énumérer tous les poncifs attendus. Les femmes y sont traitées comme des simples archétypes (la célibataire, la femme mariée et/ou trompée…) ne révélant de leur personnalité que les caractéristiques les plus évidentes. À propos de la complexité du plaisir féminin, incarnée par la flamboyante Audrey Fleurot, le film n’esquisse même pas le début d’une réflexion sur ce qu’est la jouissance féminine, un mystère dont bon nombre d’hommes aurait sans doute apprécié la révélation. Que nenni ! On y « découvre » à l’inverse que le shopping calme les nerfs, que toutes les femmes rêvent en secret d’être demandées en mariage, un genou à terre et qu’entre elles un peu pompettes, elles ricanent comme des hyènes. Si le film fait son miel de tous les clichés habituels sur la gent féminine, il décolle heureusement grâce au talent de certaines protagonistes. Que ce soit à contre-emploi, comme Vanessa Paradis redoutablement drôle en mégère honnie de tous ou dans un rôle quasiment burlesque comme Julie Ferrier, irrésistible avec ses tocs de langage et sa frustration sexuelle (les séquences de couple avec son mari valent leur pesant de cacahuètes), la partition comique tient raisonnablement ses engagements. Mention spéciale à Alice Belaïdi (découverte en réceptionniste vulgaire sur Canal Plus) qui explose l’écran en assistante corvéable, disponible et pourtant en proie à un lourd secret. En l’espèce, Sous les jupes des filles est au féminisme ce que Le Gendarme de St Tropez est au film policier, une gentille tranche de rire inoffensive.

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