Subimago
© EGGmotion
Subimago
    • Subimago
    • France
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Christophe Leclaire
  • Scénario : Christophe Leclaire, Céline Pardoux, Duarte Pedro
  • Image : Fabien Leclaire, Christophe Leclaire
  • Décors : Alice Breton, Audrey Boitel
  • Costumes : Alix-Anne Rolland
  • Son : Quentin Degy, Benoît Medori, Nicolas Cadiou
  • Montage : Christophe Leclaire
  • Musique : Xavier Prêtre, Orange Blossom
  • Production : EGGmotion
  • Interprétation : Frantz Herman (l'écubier), Elisabetta Mastromarino (la fille sur le pont)...
  • Distributeur : Cinéma Saint-André des Arts
  • Date de sortie : 1 février 2017
  • Durée : 0h57

Subimago

réalisé par Christophe Leclaire

À partir d’un récit intimiste et simple – le quotidien d’un ingénieur (désigné comme « l’écubier ») reclus seul dans une forêt et occupé à construire un pont – Subimago est avant tout une réflexion sur le temps et ses strates. Le personnage principal semble en effet vivre son quotidien de manière acharnée tout en reniant son passé.

Temporalité paradoxale

La construction qu’établit le montage repose sur une temporalité parfois alambiquée, alternant entre passé, présent et futur, par des coupes au sein d’un même plan (une liberté de montage qui lorgne du côté de la Nouvelle Vague, notamment À bout de souffle de Jean-Luc Godard et ses coupes franches elliptiques), ou de saynètes insérées telles des images subliminales. Hanté par une image, celle d’un corps immergé sous l’eau, le personnage semble purger sa peine par un travail acharné à la limite de l’absurde. Alors que celui-ci vit le présent aveuglément au travers de ses activités quotidiennes – un effet renforcé par la minutie de la mise en scène et la précision qu’a exigé le cinéaste dans la gestuelle de son comédien, qui exécute une par une les tâches d’un ingénieur – cette image expiatoire emmène, quant à elle, le film ailleurs.

Isolé du monde extérieur, l’écubier se retrouve pris dans un temps paradoxal, suspendu et en marge du commun des mortels. En témoigne une scène où le personnage rencontre enfin d’autres personnes, venues traverser le pont qu’il a construit : il s’avance alors à contre-courant de la foule, qui ne lui prête quasiment aucune attention.

Surabondance de symboles

Bien que le personnage semble condamné, tel Sisyphe, à répéter la même tâche, l’enjeu du récit est de le sortir de la circularité. L’excès de symboles bibliques – le landau dans la rivière, l’exode de la foule qui traverse le pont, évoquant Moïse – permet d’ailleurs d’anticiper facilement la tournure du scénario.

Le film est en effet le récit d’une rédemption – ce que confirme le carton final présentant une liste de définitions du terme « subimago », désignant globalement l’idée d’une métamorphose, du passage adulte, ou d’une renaissance. L’image récurrente qui hantait l’écubier se révèle être une vision de son futur plutôt qu’une réminiscence. Libéré de son cocon à la fin du film, le voilà prêt à avancer. Sous l’eau, sa peau semble d’ailleurs se détacher – les remous provoqués par le corps ont été blanchis en post-production, donnant l’impression d’une décomposition. C’est la simplicité d’exécution – et non l’originalité de sa narration – de ce récit d’initiation et d’accomplissement, de circularité puis de linéarité, qui permet d’apprécier finalement Subimago.

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