Alors que le clone de Reese Witherspoon prend sa revanche musicale à Broadway, les scénaristes de La Revanche d’une blonde récidivent dans le film de blondes avec une question métaphysique que tout le monde rêve de se poser : que se passe-t-il lorsqu’une pin-up de Playboy est mise au placard ? Dans le rôle de la poupée Barbie, une Anna Faris délurée qui insuffle toute son énergie dans cette comédie potache, un peu nanar sur les bords mais moins écervelée qu’elle n’y paraît.
Avec Super Blonde, les Bunny Girls, ces playmates immortalisées par le magazine Playboy, reprennent du poil de la bête et nul besoin d’être un fervent défenseur des droits des animaux (ou une chienne de garde) pour commencer à monter au créneau. Le pitch, en effet, laisse craindre un énième teen-movie avec de belles plantes dénudées, prétexte à faire fantasmer les jeunes ados boutonneux : bimbo jusqu’au bout des ongles mais sur le point de dépasser la date limite de péremption, Shelley (Anna Faris) est injustement mise à la porte du manoir Playboy. La faute à l’une de ses comparses, jalouse qu’elle soit Miss Novembre à sa place dans le futur calendrier. Après quelques jours d’errance, notre blonde ingénue trouve refuge dans une association d’étudiantes intellos, moches et impopulaires qu’elle aura vite fait de relooker. Avalanche de vulgarité ? Et bien pas tant que ça. Si les premières images du film généreront forcément quelques poussées de testostérone, le film nous sauve de l’indigestion période Collaro Show en expédiant assez rapidement le facteur mâle et en prenant un angle de vue majoritairement féminin donc supposé plus subtil – normal lorsque l’on sait que c’est l’actrice Anna Faris qui est à l’origine du projet.
Là où Super Blonde réussit son pari, c’est qu’il assume la futilité de son sujet tout en s’amusant des archétypes qu’il met en scène. Vu sous cet angle, Shelley est donc doublement gratinée, elle qui renvoie aussi bien aux pin-up Playboy qu’à la blonde ingénue, mythique dans le cinéma hollywoodien des années 1950 (Super Blonde fait d’ailleurs un clin d’œil assez drôle à Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion) et ressuscité ces dernières années par les Nicole, Paris et consorts. Et qui dit blonde, dit forcément physique de blonde, préoccupations de blonde, Q.I de blonde (Shelley ne retient les prénoms qu’en les répétant avec la voix de la gamine de L’Exorciste) et répliques cultes de blondes désormais qualifiées d’éve-angélismes. Car si la blonde est un personnage de comédie efficace, c’est aussi parce qu’elle prend tout au pied de la lettre (quand bien même elle serait appréhendée par les auteurs et les spectateur au second degré): en témoigne cette séquence où Shelley, au début de son errance, se fait arrêter par un flic qui lui demande de souffler dans le ballon (« blow » en anglais) et qu’en bonne playmate elle se met à genoux pour lui faire une gâterie. Super Blonde grossit délibérément le trait pour mieux accentuer les dissonances que crée cette poupée Barbie exilée lorsqu’elle est soumise à l’épreuve de la réalité. Ces électro-chocs peroxydés fonctionnent d’ailleurs plutôt bien, aidés en cela par le talent comique d’Anna Faris qui n’a pas peur de se mettre en danger et qui fait preuve d’une énergie proche de Cameron Diaz dans Mary à tout prix.
Pour être entièrement réussi, le film aurait dû être extrémiste tout du long, jouer la carte 100% blonde et second degré, quitte à produire un objet inclassable dans la lignée des meilleurs délires de John Waters. Malheureusement, Super Blonde s’embarrasse d’une intrigue teenage inintéressante qui s’étiole au rythme de rebondissements plus ou moins attendus. Certes, l’idée de faire intervenir des geeks au féminin donne lieu à quelques séquences cocasses (on retiendra notamment la séquence où le groupe chante Like a Virgin avec des paroles légèrement modifiées), mais même la plus sotte des blondes n’aura pas de mal à deviner que les laiderons deviendront aussi belles que populaires et que Shelley gagnera quelques neurones avec le grand amour. Dans ces pires moments, Super Blonde a alors bien du mal à masquer sa cible public MTV et devient une sorte de méga-mix de télé-réalité, la rencontre improbable entre Big Brother, The Real Life et Blond Eye for Ugly Girls. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans le casting viennent se greffer quelques gagnants de la Star Ac’ américaine. Malgré quelques bonnes doses de rigolade, Super Blonde laisse donc sur sa faim tout en nous gratifiant d’une morale à méditer : il est bien beau de vouloir s’accepter tel que l’on est mais la vie semble bien plus facile pour les belles filles décolorées… Car c’est bien connu, les hommes préfèrent les blondes !