The Bacchus Lady
© ASC Distribution
The Bacchus Lady
    • The Bacchus Lady
    • (Jug-yeo-ju-neun Yeo-ja)
    • Corée du Sud
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : E J-yong
  • Scénario : E J-yong
  • Image : Kim Young-ro
  • Son : Lee Seung-cheol
  • Montage : Hahm Sung-won
  • Musique : Jang Young-gyu
  • Producteur(s) : Suh Dong-hyun
  • Interprétation : Youn Yuh-jung (So-young), Chon Moo-song (Jae-woo), Yoon Kye-sang (Do-hoon), An A-zu (Tina), Choi Hyun-jun (Min-ho)...
  • Distributeur : ASC Distribution
  • Date de sortie : 1 août 2018
  • Durée : 1h50

The Bacchus Lady

Jug-yeo-ju-neun Yeo-ja

réalisé par E J-yong

The Bacchus Lady d’E J-yong est un spécimen assez curieux de portrait de femme. Balisé par deux « sujets de société » potentiellement encombrants (d’abord la prostitution de certaines seniors en Corée du Sud, puis l’euthanasie), il cherche à mettre à distance son fardeau thématique par une affectation de légèreté et de refus du pathos. En témoigne la scène non dénuée d’humour où l’un des clients de So-young, la protagoniste, se révèle un réalisateur travaillant à un documentaire sur cette prostitution favorisée par la paupérisation des personnages âgées dans le pays ; le jeune homme de bonne volonté s’empresse d’exposer sa connaissance des statistiques sur le sujet, en réponse à quoi So-young le congédie sans aménité. Cependant, où ce film veut-il en venir ? À la fin, quand le rideau se baissera sur So-young, on réalisera qu’on a accompagné un personnage avec qui on n’a jamais été vraiment familier : on n’aura appris sur elle que les bribes d’informations que le scénario a bien voulu lâcher (sa naissance en Corée du Nord, ses débuts dans le métier auprès des soldats américains, son fils qu’elle ne voit plus) ; quant à ses actes, ils auront paru pour l’essentiel guidés par une condition somme toute conventionnelle, celle de la vieillesse affectée, malgré toutes les précautions du film, par ces deux sujets délicats. Ce qui distingue un peu So-young de quelque représentation sociologiquement lestée du crépuscule de vie, on n’en aura eu qu’un aperçu distant.

Le début, pourtant, en la montrant en visite chez le médecin après avoir attrapé une gonorrhée, promet le portrait d’une femme de caractère, assumant – au moins à ses propres yeux – le statut auquel la nécessité l’a conduite, et profitant du jeu ferme et sans esbroufe de son interprète Youn Yuh-jung. Or le film, par la suite, ne la fait évoluer que comme un être désemparé par ses souvenirs et se consumant dans le service : outre ceux pour lesquels elle se fait payer, on la voit recueillir un petit garçon métis séparé de sa mère, aider un de ses anciens clients à mourir, puis se laisser convaincre d’en euthanasier un autre, puis un troisième, avant de s’offrir un dernier repas en compagnie de ses quelques amis. En somme, ce que conte The Bacchus Lady s’apparente à un abandon de soi : alors que chaque rencontre la ramène à la conscience du poids de son passé, So-young semble faire ses choix par incitation ou par altruisme, en renonçant à chaque fois à un peu de sa volonté de s’écarter de la triste voie qui s’ouvre pour elle. Pourtant, cette conscience terrifiante et le caractère sacrificiel de ce cheminement, c’est de cela qu’il aurait été intéressant d’approcher de plus près, de traiter en enjeu cinématographique. Mais tout à sa retenue trop sage, à son investissement mou et à ses choix de réalisation un peu hasardeux (comme cette focale favorisant la distorsion des coins de l’image, provoquant à chaque pivotement de la caméra l’impression que l’espace est filmé dans une bulle), E J-yong ne se donne pas vraiment les moyens de saisir ce qui hante So-young.

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