© Damned Films
The Fin

The Fin

de Syeyoung Park

  • The Fin

  • Corée du Sud2025
  • Réalisation : Syeyoung Park
  • Scénario : Syeyoung Park
  • Image : Syeyoung Park
  • Décors : Yoonseo Lee
  • Son : Kyubin Hwang
  • Montage : Clémentine Decremps, Ji-Yoon Han, Benjamin Mirguet, Syeyoung Park
  • Producteur(s) : Philippe Bober, Heejung Oh, Syeyoung Park
  • Production : Seesaw Pictures, Essential Filmproduktion, Pretty Things Films
  • Interprétation : Yeji Yeon (Mia), Pureum Kim (Su-jin), Goh-woo (Omega)...
  • Distributeur : Damned Films
  • Date de sortie : 8 juillet 2026
  • Durée : 1h25

The Fin

de Syeyoung Park

Politique de la souillure


Politique de la souillure

The Fin, dont le titre joue sur l’ambiguïté entre fin (aileron en anglais, pour désigner l’appendice des personnages mutants au cœur de l’intrigue) et la fin d’un monde, nous transporte dans un futur post apocalyptique où les deux Corées ont été réunifiées. Loin de constituer une réconciliation, cette réunification a engendré un régime qui semble avoir hérité des aspects les plus oppressifs de chaque système : au contrôle autoritaire et à la surveillance généralisée du Nord se superpose le capitalisme implacable du Sud. Cette dystopie politique trouve son prolongement dans la matière même du film, dont l’image, fortement stylisée avec des filtres chromatiques, possède une texture rugueuse qui paraît elle-même corrodée, comme si la catastrophe écologique frappant le monde avait contaminé également les plans. Dans ce pays en crise, une partie de la population a subi des mutations provoquées par la pollution : ces individus, appelés « Omegas », portent un aileron à la place d’un pied. Transformés en main-d’œuvre corvéable, ils occupent les emplois les plus pénibles tout en faisant l’objet d’une intense campagne de stigmatisation orchestrée par l’État. Les immenses panneaux de propagande qui dominent l’espace public, tantôt inspirés de l’imagerie nord-coréenne, tantôt de l’esthétique socialiste chinoise des années 1950, présentent les Omegas comme une menace pour la société. Le film décrit ainsi un mécanisme familier : un pouvoir qui désigne comme parasite une population qu’il exploite pourtant de manière systématique. Le récit se structure autour d’un ouvrier Omega qui, lors d’une opération de nettoyage en mer, récupère l’aileron de l’un de ses compagnons de travail, mort au cours de la mission. Apprenant que celui-ci souhaitait être enterré par sa fille, il entreprend de retrouver la jeune femme afin de lui remettre ce qu’il reste de son corps et d’accomplir le dernier vœu du défunt.

Ce point de départ ouvre sur un programme inégalement mené. Park propose d’explorer de manière contemplative ce monde en ruine, dans une démarche qui rappelle parfois Chris Marker ou Shinya Tsukamoto par sa façon de substituer au spectaculaire une science-fiction économe reposant sur des lieux réels envahis de déchets et filmés en plans serrés. Mais ce principe demeure une fin en soi : le cinéaste semble moins intéressé par ce que cet univers peut révéler que par la contemplation de ses propres textures. Si quelques trouvailles visuelles se dégagent (un plan où le visage de l’orpheline se fond dans un flare en forme d’auréole, ou encore la longue séquence de surimpressions hallucinatoires mêlant poissons et visages humains), elles sont noyées dans un dispositif dont l’austérité finit par tourner à vide : comme souvent dans ce type de dystopie, la dégradation paraît contaminer le film jusqu’à le vider de toute vitalité. À force de n’offrir que des visages épuisés, des espaces délabrés et des rapports humains contaminés par la violence, le film ne produit ni effroi ni véritable désespoir, seulement un état de décrépitude qui verse dans la monotonie. The Fin ressemble finalement à ses propres personnages : c’est un corps mourant et assoiffé, avançant péniblement au milieu de ses visions apocalyptiques sans jamais savoir où elles le conduisent. Fasciné par sa noirceur, le film paraît se satisfaire de l’étaler à l’écran, dans une succession d’images prisonnières de leur propre désolation.

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