The Gambler

The Gambler

de Ignas Jonynas

  • The Gambler
  • (Losejas)

  • Lettonie, Lituanie2013
  • Réalisation : Ignas Jonynas
  • Scénario : Ignas Jonynas, Kristupas Sabolius
  • Image : Janis Eglitis
  • Costumes : Aušra Kleizaitė
  • Son : Artūras Pugačiauskas, Saulius Urbanavičius
  • Montage : Franz Rodenkirchen, Stasys Žak
  • Musique : Paulius Kilbauskas, Dominykas Strupinskas
  • Producteur(s) : Uljana Kim
  • Production : Locomotive Productions, Studio Uljama Kim
  • Interprétation : Vytautas Kaniušonis (Vincentas), Oona Mekas (Ieva), Romuald Lavrynovic (Bogdanas), Valerijus Jevsejevas (Kaziukas), Lukas Kersys (Poviliukas), Jonas Vaitkus (Skirutis), Arturas Sablauskas (Antanas), Simonas Lindesis (Liubartas)
  • Distributeur : ASC Distribution
  • Date de sortie : 31 décembre 2014
  • Durée : 1h49

The Gambler

de Ignas Jonynas

L'ivresse du pari


L'ivresse du pari

La présence sur les écrans français d’un cinéma venu des pays baltes est suffisamment rare pour qu’on ne prête pas au long-métrage The Gambler toute l’attention qu’il mérite. En dépit de certaines faiblesses dans son écriture et d’un dispositif qui tend à s’essouffler dans sa seconde partie, le film d’Ignas Jonynas, dont c’est ici le premier long-métrage, affiche une originalité de ton plutôt bienvenue. Celle-ci tient essentiellement au milieu professionnel – les urgentistes – qu’il dépeint avec concision et réalisme au travers du personnage de Vincentas, quadragénaire estimé par sa hiérarchie. Pourtant, derrière le professionnalisme dont il fait preuve en toutes circonstances, l’homme cache tant bien que mal une passion pour le jeu qui lui vaut quelques enquiquinements financiers. Sommé de rembourser des créanciers de plus en plus menaçants, Vincentas cherche de nouveaux moyens pour se remplumer : lui vient alors l’idée de mettre en place un système qui permet à ses collègues de parier sur le décès ou la survie des personnes à qui ils viennent de porter secours. Rapidement, la machine s’emballe… jusqu’au jour où l’une des têtes sur laquelle miser se révèle être un collègue, renversé par un camion lors d’une intervention sur l’autoroute.

Le filtre

On comprend assez rapidement que le réalisateur a voulu jouer sur la dichotomie entre l’image d’une profession qui force le respect (intervenir pour sauver des vies, se confronter à l’horreur) et le comportement de ces individualités qui composent de manière très hétérogène ce corps de métier. Face à la dureté des interventions répétées, les urgentistes semblent affectivement désinvestis, protégés par une froideur cynique qui les amène à considérer le corps mort ou simplement blessé comme une marchandise lambda. Il est même d’ailleurs intéressant de voir à quel point la mise en scène maintient toujours en hors-champ ou en bord cadre l’objet même de cette activité professionnelle, comme si le nécessaire pragmatisme s’accordait à un certain détachement maintenant à la périphérie le nerf de la guerre. Pour autant, Ignas Jonynas ne sombre absolument pas dans l’édifiant portrait d’une société déshumanisée où la valeur de la vie humaine serait totalement dévaluée. Il illustre surtout la difficile cohabitation entre les morts violentes et ceux qui les prennent en charge, comme si le jeu d’argent était le seul filtre capable de maintenir à nécessaire distance cette difficile projection de soi.

Conventions narratives

Le réalisateur a choisi de faire de Vincentas le parfait symbole de cette contradiction morale. Érigé en modèle par sa hiérarchie (il bénéficie du titre de meilleur urgentiste depuis plusieurs années), incarné par un acteur à la stature imposante et rassurante, le personnage n’en est pas moins fragilisé par une succession de mauvais paris qui le mettent à la merci de ses créanciers. Comme s’il était indispensable de redonner du sens à cette embardée, Jonynas le fait tomber amoureux d’une autre urgentiste qui traverse de graves difficultés financières et ne peut donc plus subvenir aux besoin de son enfant malade. Dans cette nécessité morale (les paris de Vincentas serviront à guérir un enfant injustement condamné) qui va bien évidemment rentrer en conflit avec le refus de la mère de voir son compagnon se livrer à de tels jeux, The Gambler trouve sa principale limite. Cette volonté de redonner du sens moral à une situation de départ qui en était dépourvue va – comme on peut s’en douter – se heurter à un suspense assez conventionnel qui consiste à laisser entendre que Vincentas est allé beaucoup trop loin dans ses activités pour pouvoir revenir dans le droit chemin. On aurait préféré que le réalisateur s’affranchisse davantage de ce schéma narratif assez classique (l’impossible rédemption) pour donner à son personnage principal le souffle et le vertige que nous promettait toute la première partie.

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