The Strange Ones
© Épicentre Films
The Strange Ones
    • The Strange Ones
    • États-Unis
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
  • Scénario : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
  • Image : Todd Banhazl
  • Décors : Danica Pantic
  • Costumes : Mitchell Travers
  • Son : Eliott Taylor
  • Montage : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
  • Musique : Rob Lowry
  • Producteur(s) : Sébastien Aubert, Michael Prall, Eric Schultz
  • Production : Adastra Films, Relic Pictures
  • Interprétation : Alex Pettyfer (Nick), James Freedson-Jackson (Sam), Emily Althaus (Kelly), Gene Jones (Garry), Owen Campbell (Luke), Tobias Campbell (Jeremiah)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 11 juillet 2018
  • Durée : 1h21

The Strange Ones

Pour leur premier long métrage, Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein ont utilisé comme point de départ leur court de 2011, déjà intitulé The Strange Ones[1]Vous pouvez visionner le court métrage The Strange Ones (2011) dans son intégralité et légalement ici. remarqué notamment au Festival de Clermont-Ferrand sous le titre Deux inconnus. Le duo a réussi à éviter le piège principal de cet exercice, qui consiste bien souvent à étirer la narration sans avoir beaucoup plus de choses à dire. Ils ont habilement choisi d’intégrer la majeure partie du scénario du court métrage à celui du long, pour en faire un chapitre des aventures des deux protagonistes. Sam et Nick, personnages énigmatiques qui semblent liés par de sombres secrets, se présentent auprès de ceux qu’ils croisent comme deux frères en route pour une excursion en forêt. Mais leur apparent road trip à travers la campagne américaine se transforme rapidement en cavale, soulevant tout au long du film de nombreuses interrogations. À commencer par la plus captivante, mettant en avant l’ambiguïté de la relation entre les personnages : d’où vient réellement la menace ? Les réalisateurs filment en effet Nick de manière à laisser ouvert le champ des possibles (objet de désir puis de peur, potentiel kidnappeur, amant ou protecteur) et laissent planer le doute sur la nature de leur relation jusqu’à provoquer un certain malaise, maintenant une tension constante sur l’issue possible de leur périple.

Spirale psychologique

The Strange Ones s’ouvre sur une succession de très courtes séquences, sans liens évidents entre elles (des phares de voiture perdus dans la nuit, un jeune homme marchant dans un couloir obscur ou encore une maison en feu), toutes aussi intrigantes que l’ensemble du film. Le principal parti pris narratif des réalisateurs est alors d’emblée annoncé : un récit déconstruit dont il faudra rassembler les pièces à mesure que l’histoire nous sera dévoilée. Cette approche, pourtant maintes fois utilisée au cinéma, fonctionne de bout en bout et dépasse le simple effet de style artificiel. La fragmentation du récit et sa restitution anarchique au montage font parfaitement écho à l’intériorité du personnage principal, à sa difficulté de faire face à la réalité et à sa perte de notion du temps. Totalement perturbé par un événement tragique, son subconscient le tourmente et il semble se débattre – tout autant que le spectateur – pour faire la distinction entre souvenirs, rêves, fantasmes et hallucinations. Sam est pris dans une spirale infernale, motif largement présent dans le film (une tasse à café, une grotte, une spirale dessinée avec obsession par Sam au stylo noir, ou encore le siphon de la douche) qui se retrouve dans la structure en boucle du film. Chaque élément peut être interprété comme une pièce du puzzle, une clé de compréhension, mais également comme un exutoire mental de sa culpabilité. Pour appuyer davantage l’atmosphère étrange qu’ils ont créé, les réalisateurs utilisent très largement le zoom avant pour réduire progressivement le champ visible à l’écran et accentuer la montée de l’inquiétude des personnages quant à ce qui pourrait se trouver hors champ, stimulant par la même l’imagination et la paranoïa. Ces instants sont accompagnés d’un thème musical récurrent joué à la flûte, qui confère à ces plans une ambiance d’autant plus onirique.
Le dénouement n’apportera volontairement pas toutes les réponses, et participe largement à faire de The Strange Ones une œuvre sensible sur le pouvoir de l’imaginaire.

Notes   [ + ]

1.Vous pouvez visionner le court métrage The Strange Ones (2011) dans son intégralité et légalement ici.
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