Un amour (roman)

Un amour (roman)

de Richard Copans

  • Un amour (roman)

  • France2014
  • Réalisation : Richard Copans
  • Scénario : Richard Copans, Marie Nimier
  • Image : Richard Copans
  • Montage : Catherine Gouze
  • Musique : Vincent Peirani, Michel Portal
  • Producteur(s) : Serge Lalou, Richard Copans
  • Production : Les Films d'Ici
  • Interprétation : Dominique Blanc
  • Distributeur : Shellac
  • Date de sortie : 25 mars 2015
  • Durée : 1h30

Un amour (roman)

de Richard Copans

Écrire l'histoire


Écrire l'histoire

Un amour est un bien drôle de projet hybride, entre évocation biographique et fiction romancée autour d’un couple franco-américain qui a traversé les grands événements du vingtième siècle. Le point de départ fut pour le réalisateur Richard Copans d’évoquer les origines de ses propres parents : son père Simon, juif américain originaire des pays baltes, et sa mère Lucienne, Française élevée au sein de la petite bourgeoisie provinciale. Ils se sont rencontrés en France au travers d’engagements politiques nourris par une grande culture littéraire. Nous sommes alors à la fin des années 1930 : la guerre civile fait des ravages en Espagne et la montée du nazisme effraie l’Europe. Lier la petite à la grande histoire, l’intime au politique, relève d’une évidente imbrication à laquelle de nombreux réalisateurs s’adonnent régulièrement avec plus ou moins de bonheur. L’originalité du dispositif tient ici plus du fait que les auteurs ne cherchent pas la véracité des faits à tout prix, au contraire. En s’adjoignant les services de l’écrivain Marie Nimier, Richard Copans va même oser la sur-interprétation des photos, reformuler des correspondances ou encore extrapoler les événements. Ainsi, on finit par se laisser surprendre par cette évocation biographique volontairement mensongère sur les contours, faisant de personnages réels les acteurs d’une fiction qui se déroule sur plusieurs décennies.

Démêler le faux du vrai

Pourtant, l’un des objectifs du film, au-delà de l’hommage que le réalisateur souhaite rendre à ses parents, est de faire exister un arrière-plan historique et sociétal. Ces événements n’ont quant à eux rien de fictif : la menace nazie, les ravages de la Seconde guerre mondiale, l’entrée en Résistance, la Guerre froide, mais aussi les combats féministes du vingtième siècle comme le mariage, l’accès à la contraception, le droit à l’avortement, etc. L’arrière-plan devient parfois le premier plan, reléguant le couple à n’être que de simples acteurs d’un mouvement parmi d’autres, ce qui donne l’agréable sentiment que le réalisateur ne les érige pas plus en héros que leurs camarades de lutte. C’est peut-être dans l’évocation de leur histoire d’amour et ses étapes-clés que le dispositif trouve parfois ses limites : on pense par exemple à ces scènes rejouées (celle des fiançailles, du mariage) ou à la voix-off de Dominique Blanc qui tend à surjouer la dimension dramatique de cette rencontre. Mais cela n’empêche pas pour autant Un amour d’être une évocation à la fois touchante et troublante d’un pan de notre histoire, agrémenté d’un bel hommage qui parvient à transcender le factuel pour faire des acteurs disparus de ces combats des héros pour l’éternité. Une belle manière d’accomplir son travail de deuil.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !