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Un monde

Un monde

de Laura Wandel

  • Un monde

  • Belgique2021
  • Réalisation : Laura Wandel
  • Scénario : Laura Wandel
  • Image : Frédéric Noirhomme
  • Décors : Philippe Bertin
  • Costumes : Vanessa Evrard
  • Son : Thomas Grimm-Landsberg
  • Montage : Nicolas Rumpl
  • Producteur(s) : Stéphane Lhoest
  • Production : Dragons Films
  • Interprétation : Maya Vanderbeque (Nora), Günter Duret (Abel), Elsa Laforge (Victoire), Lena Girard Voss (Clémence), Karim Leklou (le père), Laura Verlinden (Madame Agnès)...
  • Distributeur : Tandem
  • Date de sortie : 26 janvier 2022
  • Durée : 1h13

Un monde

de Laura Wandel

L'angle mort


L'angle mort

Un monde s’ouvre et se referme sur la même étreinte fébrile de deux enfants. Entre ces deux temps du récit, les rôles se sont inversés et c’est la petite Nora, d’abord terrorisée par ses premiers pas à l’école primaire, qui devra finalement consoler son grand frère Abel en le prenant dans ses bras. Pour filmer ce court trajet (1h13) vers la fin de l’innocence, Laura Wandel établit d’emblée un cadre esthétique dont elle ne débordera jamais : il s’agit, selon une conception très littérale de l’immersion, de filmer « à hauteur d’enfant », caméra au poing, en faisant du visage de la jeune Maya Vanderbeque l’horizon indépassable de la mise en scène. Cet horizon, précisément, est volontairement rétréci par l’utilisation d’une longue focale qui plonge l’école dans un flou perpétuel, où s’agitent des figures indifférenciées et bruyantes, réduites à un défilé de silhouettes menaçantes. Pour peu qu’on accepte cette plongée au premier degré dans le monde de l’enfance, le résultat ne manque pas d’émouvoir par endroits, porté par l’impressionnante justesse des jeunes acteurs et par une certaine finesse de trait, notamment dans les scènes en apparence les plus banales. Laura Wandel réussit par exemple à reproduire de manière très convaincante le trouble d’un âge où toutes les frontières semblent se brouiller. La candeur du jeu (des sandwichs qui prennent la forme d’animaux) cède le pas à la violence de l’imagination (un bac à sable « plus profond que la mer », où seraient enterrés des cadavres d’enfants). Le corps que l’on malmène avec bienveillance pour l’aider à croître (Nora, mal à l’aise en cours de gymnastique) côtoie celui que l’on maltraite pour l’empêcher de s’épanouir (Abel, victime de harcèlement). Enfin, la honte des uns (Abel, ostracisé par ses pairs) contamine et entache la réputation des autres (Nora, privée d’invitation à l’anniversaire d’une camarade). Un état de vertige permanent qui se répercute jusque sur le montage, marqué par des raccords souvent brutaux, qui interrompent des chutes ou des pleurs et donnent le sentiment d’un milieu sans cesse traversé par une intensité douloureuse.

En abordant son sujet de manière oblique, la réalisatrice s’affranchit du discours sociétal pour radiographier un bouleversement d’ordre plus intime. Le harcèlement, véritable point de mire du scénario, reste un point volontairement aveugle de la mise en scène et les violences répétées que subit Abel sont toujours à la lisière du hors-champ : le cadrage à hauteur d’enfant réduit les adultes à des sentinelles impuissantes, la mise au point sur le visage de Nora relègue le calvaire de son frère au flou de l’arrière-plan et le bruit hypertrophié des jeux couvre celui des coups reçus. Pour autant, ce dispositif reste finalement assez monotone et limité dans ses effets : s’il a le bon goût de ne pas tomber dans les travers du « film coup de poing », Un monde ne fait malheureusement pas grand-chose de sa propre réserve et affiche une subtilité – quelque peu démentie par les dernières minutes et le retournement maladroit d’Abel en Caïn – qui semble lui servir davantage à contourner les pièges d’une représentation trop appuyée qu’à imposer une vision singulière.

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