© Nour Films
Une vie avec Oradour

Une vie avec Oradour

de Patrick Séraudie

  • Une vie avec Oradour

  • France2011
  • Réalisation : Patrick Séraudie
  • Scénario : Patrick Séraudie, Pascal Plas
  • Image : Maxime Jouy
  • Son : Jean-Marc Dussardie
  • Montage : Michel Delsol
  • Musique : Pierre Redon
  • Production : Nour Films
  • Distributeur : Nour Films
  • Date de sortie : 21 septembre 2011
  • Durée : 1h24

Une vie avec Oradour

de Patrick Séraudie

Mérite et mémoire


Mérite et mémoire

Certains sujets sont inattaquables : le massacre perpétré par la SS et les malgré-nous d’Oradour-sur-Glane en fait partie. Louable, évidemment, est l’intention de raconter et de rappeler précisément le tragique événement. Mais bien que compréhensible, la volonté mémorielle ne se transforme que rarement en geste cinématographique par magie. Et c’est bien le problème de ce genre de carnet un peu fourre-tout qui n’a pas réellement sa place sur un grand écran.

L’objet du film est double : entendre la voix des morts et celle des vivants. Une vie avec Oradour joue donc sur le parallèle constant des diverses couches temporelles, créant ainsi une dramaturgie qui séduit un temps par ses habiles aller-retours, par sa réflexion sur la part de l’irréel dans le passé, la part du reconstruit dans le présent, et l’individualisation de la mémoire. Malheureusement, le réalisateur ne fait qu’effleurer ces thèmes, préférant trop rapidement la limpidité du chronologique, et faisant basculer son film dans un style qui évoque irrémédiablement les nombreux documentaires plan-plan qui fleurissent sur les chaînes câblées : rassurant, sans aspérité, sans fulgurance, irréprochable historiquement, mais peu enthousiasmant visuellement. Une vie avec Oradour est surtout un montage d’images, de sons, de prises de vues contemporaines et de témoignages oraux, dont celui du héros mémoriel, Robert Hébras, l’un des sept miraculeux survivants de ce 10 juin 1944, qui a depuis passé son existence à préserver le souvenir de l’anéantissement.

Ce genre de films pose, à vrai dire, le problème désormais classique de la « nécessité ». Bon exemple de l’œuvre-qui-a-le-mérite-de.… Une vie avec Oradour n’en est pas moins assez pauvre, peu original dans sa construction de reportage institutionnel, et relativement répétitif dans ses procédés (voix-off narrative, plans fixes sur le témoin qui raconte, utilisation très convenue des archives audiovisuelles, reconstitution en images de synthèse…). Un sujet n’a jamais fait un film, et aucun film-ayant-le-mérite-de… n’a de valeur en tant que film. D’autant qu’ici, les révélations sont tout de même peu nombreuses : la narration est limpide, aucune lecture de nouvelles archives n’est présente, et, finalement, celui qui connaît l’histoire ne fera que l’entendre à nouveau et sans surprise. La question posée est alors la suivante : pourquoi sortir cet objet ni honteux ni haïssable, mais simplement un peu mou, au cinéma ? Ce dernier ne peut être seulement un support d’hommage ou de reconstitution. Sans renouvellement de la teneur esthétique du témoignage filmé, comme a pu l’introduire brillamment un Depardon, l’entreprise d’une reconstruction mémorielle par le cinématographique est vouée à la monstration pure, et donc à l’échec. Reste évidemment la personnalité de Robert Hébras qui, comme son sujet, n’est pas trahie. Mais la matière, elle, l’est.

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