Vent mauvais

Vent mauvais

de Stéphane Allagnon

  • Vent mauvais

  • France2007
  • Réalisation : Stéphane Allagnon
  • Scénario : Stéphane Allagnon
  • Image : Yves Cape
  • Montage : Mike Fromentin
  • Musique : Frédéric Fortuny, Jeff Hallam
  • Producteur(s) : Caroline Bonmarchand
  • Production : Avenue B Productions
  • Interprétation : Jonathan Zaccaï (Franck), Aure Atika (Frédérique), Bernard Le Coq (Hopquin), Florence Thomassin (Laure Castel), Guillaume Viry (Charlus), Jo Prestia (Max), Saïd Serrari (Moustique), Axelle Abbadie (Mme Pajo), Alain Grellier (Michel Castel), Amandine Maudet (la maîtresse de Castel)...
  • Date de sortie : 13 juin 2007
  • Durée : 1h30

Vent mauvais

de Stéphane Allagnon

Profession : losers


Profession : losers

C’est presque un genre en soi, propre au cinéma français, héritage d’Audiard : le polar à l’humour désabusé, plein de bons mots et de personnages délicieusement losers qui vont s’appliquer à rater tout ce qu’ils vont entreprendre. Il y a quelques années, Pierre Jolivet raflait la mise avec Ma petite entreprise, comédie très sympathique portée par une troupe d’acteurs visiblement très heureux de jouer les ratés magnifiques. Pour son premier long métrage, Stéphane Allagnon essaie de s’inscrire dans la même veine, mais Vent mauvais manque cruellement de souffle.

Franck Meyer (Jonathan Zaccaï) est informaticien intérimaire, un peu loser, un peu désabusé. Envoyé par sa boîte dans une petite ville du bord de mer, il est chargé de remettre en état le système informatique d’un petit supermarché. Très vite, il se rend compte que le patron détourne l’argent des caisses. Avec la complicité de Frédérique (Aure Atika), la gérante de l’hôtel un peu miteux dans lequel il a échoué, il va essayer de retourner la situation à son avantage… malgré les truands du coin qui, eux aussi, espèrent bien empocher une partie du magot.

C’est le genre de scénario que l’on a l’impression d’avoir vu tellement de fois qu’il est presque confortable de se laisser téléguider au gré des péripéties vues et revues que vont vivre les personnages. Très popularisés par la télévision, ces petits polars ruraux reposent essentiellement sur deux ressorts : la qualité des personnages et des dialogues et la finesse de ceux qui les interprètent. Pour le côté terroir, Stéphane Allagnon n’y va pas de main morte avec les clichés : la bourgade est authentique à souhait, l’hôtel pourri juste ce qu’il faut et le supermarché plus vrai que nature (jusqu’aux costumes ringards de Bernard Le Coq dans le rôle du patron). Si l’on ajoute les 254 plans sur la mer agitée qui vient s’écraser sur les rochers, il y a de quoi avoir envie de quitter la salle en courant, de crainte de voir débarquer Louis la Brocante dans un coin de l’image.

Ce qui sauve Stéphane Allagnon de la catastrophe, c’est son absence totale de cynisme : visiblement, il aime beaucoup ses personnages et il parvient à les rendre attachants, principalement grâce à des dialogues souvent mordants, à l’humour glaçant, glissés dans la bouche d’une bande d’acteurs pas mécontents de jouer aux cow-boys et aux indiens (Allagnon dit s’être inspiré de la structure narrative des westerns de son enfance). Jonathan Zaccaï excelle dans la séduction un poil ringarde, l’air d’un enfant de chœur en train de préparer un sale coup et Aure Atika est tout à fait crédible en jolie fille pas idiote prête à tout pour fuir son trou à rats. Cerise sur le gâteau : Bernard Le Coq — dont la présence ici accentue l’effet télévisuel de l’objet — interprète son personnage de patron minable et corrompu avec la grandeur dont seuls les meilleurs seconds rôles du cinéma français sont capables.

Dénué de tout enjeu esthétique, loin de la folle ambition dont se targuent nombre de jeunes cinéastes, Vent mauvais pourrait agacer, voire laisser totalement indifférent. Et effectivement, on a tôt fait de l’oublier une fois que la salle s’est rallumée, mais l’humilité dont sait faire preuve Stéphane Allagnon et sa capacité à croquer avec un mélange intrigant de tendresse et de férocité des personnages gentiment pathétiques laissent augurer d’un certain talent… qui ferait probablement merveille sur le petit écran.

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