Villegas

Villegas

de Gonzalo Tobal

  • Villegas

  • Argentine, Pays-Bas2012
  • Réalisation : Gonzalo Tobal
  • Scénario : Gonzalo Tobal
  • Image : Lucas Gaynor
  • Montage : Delfina Castagnino
  • Musique : Nacho Rodríguez Baiguera
  • Producteur(s) : Benjamin Domenech, Santiago Galleli, Juan Villegas
  • Interprétation : Esteban Lamothe (Esteban), Esteban Bigliardi (Pipa), Mauricio Minetti (Hugo), Paula Carruega (Jazmín), Lucia Cavalloti (Clara)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 7 novembre 2012
  • Durée : 1h36

Villegas

de Gonzalo Tobal

Frères solitaires


Frères solitaires

Premier long-métrage de l’Argentin Gonzalo Tobal, Villegas fut présenté en section parallèle au dernier festival de Cannes. Sobre, la mise en scène vise le minimalisme pour se concentrer sur la relation conflictuelle de deux frères que l’enterrement de leur père réunit. En dépit de cette économie, le film n’évite pas toujours les lieux communs sur le délitement des relations fraternelles.

Esteban et Pipa sont frères mais n’ont visiblement pas grand-chose en commun. Réunis pour un long trajet qui les ramène à Villegas, patelin argentin où leur père doit être enterré, ils se regardent un peu en chiens de faïence, jugeant inévitablement tout ce qui les sépare. D’un côté, Esteban, le plus déterminé, fait de sa vie un secret, jusqu’à cette relation amoureuse rivée au hors-champ mais prête à aboutir sur un mariage. De l’autre, Pipa est moins pudique sur ses hésitations, s’égarant dans les méandres d’une existence dont il ne comprend pas vraiment le sens. Autant sur le plan professionnel que sentimental, c’est le doux chaos qui règne, ce qui semble ne pas être du goût du frère à la tolérance limitée. Sans tomber dans le piège des rancœurs insurmontables ou des lourds secrets de famille, c’est cet irrémédiable malentendu que le réalisateur a choisi de capter, et pour cela, il fait preuve d’une patience à toute épreuve.

La mise en scène de Villegas vise donc à l’économie. Ce minimalisme se traduit par des éclairages naturels, une caméra et un montage qui limitent les effets gratuits, mais aussi par le jeu naturaliste de comédiens plutôt inspirés dans des partitions constamment sur le fil. Les plans s’étirent, laissant le malaise ou le questionnement s’immiscer. À plusieurs reprises, le réalisateur parvient à capter quelque chose d’émouvant, comme lorsque Pipa écoute une chanson qui lui rappelle de lointains souvenirs, ou alors au gré d’une rencontre impromptue qui pourrait changer le cours des choses. La patience dont le réalisateur fait preuve offre au regard du spectateur la perception d’une inévitable déception qui n’a pas la violence des coups de théâtre mais qui rappelle l’éternel retour d’un sentiment de solitude. Loin de la grandiloquence d’un cinéma scandinave qui prend un malin plaisir à organiser les règlements de compte familiaux, c’est ici le non-événement qui prime, au risque de minimiser les enjeux fictionnels.

La conséquence première de cet honorable parti-pris est que le film patine par endroits, prisonnier de ce rapport duel aux enjeux trop affaiblis par un hors-champ qui manque de signifiant. En dépit de son évidente retenue et de sa distance trop pesée pour ne pas être empesée, Villegas n’évite pas pour autant certains lieux communs sur la lourdeur du passé et les fantômes qui le peuplent : on retrouvera donc le quotas de phrases assassines, de confrontations physiques et d’anciennes petites amies revenues d’entre les souvenirs pas assez oubliés. En dépit de ses qualités de metteur en scène, Gonzalo Tobal peine à faire sortir son film de l’anecdotique (auquel est trop souvent cantonné le cinéma sud-américain distribué par ici). Attendons de voir le second long-métrage pour voir si l’auteur aura réussi à transformer cet essai encore trop hésitant pour convaincre pleinement.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !