Voyoucratie
© La Vingt-Cinquième Heure
Voyoucratie
    • Voyoucratie
    • France
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Fabrice Garçon, Kévin Ossona
  • Scénario : Fabrice Garçon, Kévin Ossona
  • Image : Blaise Basdevant
  • Décors : Marie Vandeville, Julie Bardeau
  • Costumes : Sabine Cayet
  • Son : Jean-Christophe Lion, Renaud Triboulet
  • Montage : Fanny Dewulf-Servant
  • Musique : Kenma Shindo, DJ Bellek, Ateph Elidja, Donovans
  • Production : LIP Productions, FGKO Films, Afiavi
  • Interprétation : Salim Kechiouche (Sam), Abel Jafri (Abbas), Hichem Yacoubi (Karim), Jo Prestia (Maurice), Pierre Abbou (Ali), Azedine Kasri (Rachid), Hedi Bouchenafa (Hedi)...
  • Distributeur : La Vingt-Cinquième Heure
  • Date de sortie : 31 janvier 2018
  • Durée : 1h24

Voyoucratie

Pour leur premier long métrage, Fabrice Garçon et Kévin Ossona (synthétisés par l’acronyme FGKO) se sont défendus de vouloir réaliser un film de gangster, privilégiant le portrait de Sam, leur personnage principal tout juste sorti de prison et contraint de replonger dans l’illégalité. Voyoucratie reste toutefois rythmé par l’ascension criminelle de ce dernier, réorganisant son rapport au temps (vie nocturne entraînant une difficulté à renouer avec son entourage) et à l’espace. Les lieux communs du gangstérisme (braquages, meurtres, rackets, menaces) imposent donc aux comédiens une palette de registres codifiés et stéréotypés (le banlieusard-style et son langage trivial prompt à l’apostrophe brutale). Dans ce jubilé de logorrhées et de clichés scénaristiques (le voyou jeune père ayant un rapport difficile aux autres, sociabilité capricieuse qui rappelle celle des personnages de La Haine), les cinéastes tentent d’extirper les émotions au plus près du visage de Sam.

Pulsions violentes

La mise en scène alterne finalement entre une liberté de cadre prompt à l’improvisation des comédiens, et un découpage plus resserré afin de relancer l’intrigue. Ces accélérations n’ont pour finalité qu’une précipitation d’un récit avançant par paliers et dont l’issue est attendue : le sort du héros est scellé dès la séquence de tentative (ratée) de réinsertion avec le conseiller. Il est donc dommage que les cinéastes, peut être par manque de moyens, aient été dépassés par leurs ambitions : non pas uniquement le quotidien d’un petit malfrat, réalisé avec les moyens du bord, mais une histoire de rédemption molle et rebattue, plaquée à une peinture tamisée et recyclée d’un milieu criminel, ne donnant pas véritablement à voir l’engrenage et les rouages de la délinquance.

Il y avait pourtant quelques intentions intéressantes, notamment dans le portrait de Sam. Pantin de la police et de son patron mafieux, il reste cloitré à un rôle d’exécutant, reproduisant machinalement un schéma de violence qui lui semble imposé (une chance de se reconstruire paraissait pourtant possible grâce à l’aide de son frère bienveillant). Lors de deux séquences assez étouffantes, il agresse et menace des femmes en pleine rue sans pourtant aller au bout de son geste, pris entre impuissance sexuelle et domination compensatoire défaillante. Si les réalisateurs parviennent, le temps de ces séquences ponctuelles, à enfin effleurer leur vrai sujet – celui d’un environnement criminel provoquant les pulsions brutales (ce qu’évoque l’idée d’une voyoucratie) – leur effet-choc est toutefois amenuisé par un sentiment de gratuité excessive.

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