Que le cinéma parle de littérature, ce n’est pas nouveau. Et, s’il parle de littérature de genre, il semble que cela doive être dans un film du même genre. Prisonnier de ses références de polar, White Lie emprunte des voies prévisibles, trébuche à la moindre tentative de sortir des sentiers battus – mais peut-être est-ce parce que l’histoire qu’il veut nous raconter est tout autre…
Westfield, marié à Elizabeth, est un auteur à succès, de ceux qui vivent plus de leur gloire que de leur plume. Sydney est son secrétaire, et, sans que Westfield ne fasse mine de le reconnaître, son nègre. Il vit avec Lola, mais entretient une relation secrète avec Elizabeth. Autour du premier livre de Sydney, volé par un Westfield jaloux et improductif, va bientôt se nouer un drame passionnel au parfum de meurtre…
C’est lors d’une première séquence qui semble maladroite que White Lie dessine tout le canevas de son intrigue : Sydney et Westfield imaginent et miment le meurtre d’un père par son fils, pour les besoins du livre qu’ils sont en train d’écrire. Mais, c’est finalement l’inverse qui se produira, et le personnage du père, incarné par Westfield, tue le fils, Sydney. Les pistes de lecture sont données : Sydney idolâtre Westfield, ne peut se résoudre à le quitter malgré les mauvaises relations qu’ils entretiennent, tandis que Westfield, en père meurtrier, ne va pas hésiter une seconde à priver Sydney de son premier livre, dont celui-ci lui a confié le manuscrit. Un livre autobiographique qui raconte comment un fils de 18 ans a vécu… la mort de son père.
Tourne-t-on en rond ? Cela semble volontaire, autant que la soumission du récit à une série de passages obligés aux airs de catalogue appliqué. Aussi, attend-on le moment de l’émancipation, celui qui donnera un sens à un scénario très appliqué. Mais, au lieu d’échapper à sa progression attendue, White Lie va émailler celle-ci d’invraisemblances grossières : « je ne croyais pas qu’il était chargé », lance par exemple Lola alors qu’elle vient de tirer sur un autre personnage, après avoir exploré une maison l’arme au poing, prête à tirer. L’étonnement nous saisit donc : non content de se laisser aller à une progression attendue jusque dans la moindre de ses péripéties, le film va leur donner une couleur aberrante, renforcer l’impression d’artificialité. Les non-dits et le mystère peuplent ainsi le récit, pour, finalement, lui offrir une aura troublante, qui ne sera dissipée que de façon parcellaire, plongeant finalement le récit dans l’absurde, le symbolique pur.
Se voulant un exercice de style en noir, White Lie insiste (lourdement) sur sa dimension psychanalytique, en y ajoutant progressivement un aspect surréaliste. Plus le récit avance, plus s’insèrent dans la mécanique narrative d’un film noir archétypal des éléments symboliques se répondant les uns aux autres, comme une spirale. Comme s’il s’agissait, avant tout, de donner corps à un meurtre du père perpétré à répétition par un Sisyphe parricide. Finalement, le rythme du film apparaît plus maîtrisé, sa construction plus chargée de sens que ce que l’on perçoit initialement : l’exercice de style est bien pensé, mais une certaine aridité artistique en complique considérablement l’approche.