© 2016 Veilleur de Nuit / Zero One Film / Wrong Men
Wrong Elements

Wrong Elements

de Jonathan Littell

  • Wrong Elements

  • France, Allemagne, Belgique2016
  • Réalisation : Jonathan Littell
  • Scénario : Jonathan Littell
  • Image : Joachim Philippe, Johann Feindt
  • Son : Yolande Decarsin, Yves Coméliau
  • Montage : Marie-Hélène Dozo
  • Producteur(s) : Jean-Marc Giri, Thomas Kufus, Benoit Roland
  • Production : Veilleur de Nuit, Zero One Film, Wrong Men
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 22 mars 2017
  • Durée : 2h19

Wrong Elements

de Jonathan Littell

La marche du dispositif


La marche du dispositif

Pour son premier film, l’écrivain Jonathan Littell (Les Bienveillantes) est allé à la rencontre d’ex-enfants soldats enrôlés de force dans les années 1990 par la LRA (« Lord’s Resistance Army »), une faction militaire et mystique opposée au gouvernement ougandais. L’entrée dans le documentaire se fait par un double sas : d’abord, par une déambulation dans une forêt où des silhouettes, cachées derrière les arbres, se baissent à l’approche de la caméra, puis par une scène de reconstitution d’un rapt de deux adolescents qui affiche pleinement son artificialité (les militaires tiennent des bouts de bois en guise de fusils). Cette hybridation, brouillant les cartes et cherchant à figurer d’emblée les fantômes des enfances volées dont la LRA a puisé sa force (près de 60 000 adolescents kidnappés en 25 ans, dont la moitié a péri sous la bannière du mouvement rebelle), montre aussi la volonté du cinéaste de tisser de cette matière un ensemble protéiforme. Pourtant la construction du film, loin de se distinguer du tout-venant du documentaire, semble plutôt compiler nombre de ses procédés les plus éculés : abondance de cartons explicatifs qui saucissonnent l’avancée du film, brouillage artificiel entre la fiction et le réel, musique emphatique sur des plans de coupes qui font office de « respirations », montage d’images analogiques de l’époque qui viennent appuyer, avec beaucoup de redondance, les propos des intervenants, etc.

La balourdise de l’armature est d’autant plus regrettable que le projet s’appuyait sur une ambiguïté morale tout à fait passionnante : ces anciens soldats, amnistiés (« ils ont été considérés comme des victimes plutôt que comme des bourreaux », précise un carton), n’en sont pas moins pour certains les auteurs de crimes atroces qu’ils se remémorent tantôt avec une légèreté déconcertante, tantôt avec une gravité qui affleure discrètement dans les échanges qu’ils ont entre eux. C’est là que le film se révèle particulièrement raté, lorsqu’à la faveur d’un regard, d’une pose un peu contrite, d’une phrase mélancolique jetée dans une conversation anodine, la naissance d’un trouble est étouffée par le déroulé de ce dispositif systématique et faussement sophistiqué.

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