© Survivance
Yamabuki

Yamabuki

de Juichiro Yamasaki

  • Yamabuki
  • (やまぶき)

  • Japon2022
  • Réalisation : Juichiro Yamasaki
  • Scénario : Juichiro Yamasaki
  • Image : Kenta Tawara
  • Son : Masami Samukawa
  • Montage : Juichiro Yamasaki
  • Musique : Olivier Deparis
  • Producteur(s) : Terutarô Osanaï, Shoko Akamatsu, Atsuto Watanabe, Takeshi Masago, Juichiro Yamasaki
  • Production : Film Union Maniwa, Survivance
  • Interprétation : Kang Yoon-Soo (Chang-su), Inori Kilala (Yamabuki), Kawase Yohta (le père de Yamabuki), Misa Wada (Minami)...
  • Distributeur : Survivance
  • Date de sortie : 2 août 2023
  • Durée : 1h37

Yamabuki

de Juichiro Yamasaki

Les Herbes folles


Les Herbes folles

Arrivé dans les salles françaises deux ans après sa présentation cannoise à l’ACID, Yamabuki est le troisième long-métrage (mais le premier à sortir en France) de Juichiro Yamasaki, nouvelle pousse du cinéma indépendant japonais. Tourné à l’ouest de l’archipel dans la petite ville rurale de Maniwa (où le cinéaste exerce par ailleurs la profession de cultivateur de tomates), le film organise un vaste récit choral entrecroisant principalement deux fils. L’intrigue suit d’un côté la trajectoire de Yamabuki, une adolescente devenue militante après la mort de sa mère, et de l’autre, celle de Chang-su, contremaître dans une mine qui perd son emploi après un accident de voiture. Tandis que la première décide du jour au lendemain de ne plus quitter le rond-point où elle organise des manifestations silencieuses, le second découvre une mallette remplie de billets, qu’il ne tarde pas à voler. En parallèle de ces deux récits, un père policier, des gangsters bouffons, un amoureux transi et une tenancière de bar occupent de temps à autre le devant de la scène, au cours de scènes prosaïques apparemment dénuées d’enjeux. Par exemple, lors d’une courte séquence au début du film, la fille de Chang-su observe avec fascination des insectes à l’intérieur d’un vivarium, mettant en abyme le regard du cinéaste : Yamasaki semble lui aussi regarder avec empathie et attention le parcours de ses personnages, sans surplomb d’entomologiste, mais en mettant l’accent sur des coups du sort inattendus (le destin de Chang-su change par deux fois grâce à des objets tombés du ciel). Le réalisateur parvient de la sorte à rompre la monotonie d’une narration éparpillée par un certain sens de la dilatation temporelle, mais aussi grâce à des intuitions formelles étonnantes (cf. les retrouvailles entre Chang-su et sa famille, vue dans le reflet de l’œil d’un cheval).

Précise localement mais inégale à l’échelle du film entier, la mise en scène vaut surtout pour sa manière discrète de restituer le monde intérieur de protagonistes souvent silencieux, comme lorsque la demeure de Chang-su se transforme en une prison à ciel ouvert alors que l’ouvrier cherche à cacher les billets qu’il a volés. Si le récit embrasse dans son deuxième tiers l’horizon plus convenu du thriller social, Yamasaki parvient à le transcender par un sens précis du montage (dont il s’est lui-même chargé), notamment lors d’une séquence d’éboulement manquant de tuer Chang-su. Comme les pierres qui s’entrechoquent les unes les autres jusqu’à dévaler le flanc de la montagne pour détruire la voiture de l’ouvrier, l’enchaînement apparemment hasardeux des séquences suit en vérité une logique de cause à effet où le moindre événement a des conséquences inattendues à l’autre bout du récit. De là découle une dynamique produisant parfois des raccords inattendus, comme lorsque la chute du gravier dans la mine se télescope avec le pointage des ouvriers, glissant leurs feuilles de présence dans un horodateur. Yamabuki dessine ainsi les liens invisibles reliant les membres d’un collectif épars, où la place notable donnée aux communautés immigrées chinoises, coréennes et vietnamiennes constitue un événement politique en soi, au sein d’un pays dont la politique migratoire connaît de récents durcissements. Face au mépris d’une société japonaise rejetant toute forme de différence, la trajectoire de ces personnages obstinés à mener à bien leur vie résonne avec le double sens du titre, qui désigne à la fois le prénom d’une jeune fille et la dénomination nippone des « corêtes du Japon », fleurs endémiques de l’archipel, connues pour s’épanouir dans les milieux les plus hostiles.

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