Zero
  • Zero

  • Maroc2013
  • Réalisation : Nour-Eddine Lakhmari
  • Scénario : Nour-Eddine Lakhmari
  • Image : Luca Coassin
  • Son : Emmanuel Legall
  • Montage : Youssef Mernissi
  • Musique : Richard Horowitz
  • Producteur(s) : Redouan Bayed
  • Production : Timlif
  • Interprétation : Younes Bouab (Zero), Mohamed Majd (Abbas Bertale), Sonia Okacha (Dr Kenza Amor), Zineb Samara (Mimi), Aziz Dadas (Commissaire Zerouali), Rafik Boubker (Sami)...
  • Distributeur : Les Films de l'Atalante
  • Date de sortie : 4 décembre 2013
  • Durée : 1h53

Quête d'identité


Quête d'identité

En s’intéressant au parcours d’Amine, surnommé Zéro par ses collègues policiers en raison des affaires minables dont il s’occupe, le réalisateur Nour-Eddine Lakhmari s’est manifestement inspiré du polar new-yorkais des années 1970, 1980 et 1990 (Lumet, Mamet, De Palma) dans sa typologie de Casablanca : la métropole marocaine, tout en ambiances nocturnes et pluvieuses, est montrée sous un jour délibérément austère, gangrenée par la mafia, le proxénétisme et la corruption. Comme si la toile de fond ne suffisait pas, le récit charge le profil psychologique d’Amine : en plus de ses petites combines pas très honnêtes, l’homme s’est construit tant bien que mal entre une mère aux abonnées absentes et un père autoritaire, désormais à sa charge en raison de sa sénilité galopante. Cela fait beaucoup pour un seul homme mais le symbole est là, bien visible : à cette dépression menaçante répond la peinture poisseuse d’une ville qui n’offre ni perspectives, ni porte de sortie.

Sortir de la torpeur

Tel un Serpico des temps modernes, Amine va croire dans un premier temps qu’il lui est possible d’aller seul à contre-courant de la fatalité : à l’hôpital, lorsqu’il exige que son père soit soigné ou lorsqu’il se met en tête de retrouver une adolescente disparue, il conçoit naïvement que sa propre volonté puisse suffire pour résoudre les problèmes auxquels il se confronte. Mais entre le laxisme agressif des uns et les menaces hypocrites des autres, le petit flic est vite renvoyé à sa propre impuissance. Mû par un profond sentiment d’injustice, Amine devient à la fois martyr et bourreau. De cette apocalypse intime, le jeune homme puise une énergie suicidaire qui attire en son sein tous les malfrats qu’il croise sur sa route. C’est cette circulation d’antagonismes qui devient le moteur fictionnel et on sent que le réalisateur a mis beaucoup d’application à capter avec un souci d’authenticité l’ambiance nocturne des bas-fonds de la ville où cohabitent les plus démunis.

La tentation de la pose

Seulement, n’est pas Brian De Palma qui veut. À trop vouloir faire de Zero un digne film de genre, le réalisateur s’adonne à quelques lourds effets de style qui, au lieu d’enrichir le propos, ne font qu’en faire ressortir sa vacuité. Pourquoi systématiquement employer un saxophone langoureux pour chaque scène d’ambiance ouatée ? Pourquoi démultiplier ainsi les ralentis à chaque point de bascule du récit ? Cette surcharge trahit une propension à trop vouloir en faire, à sur-signifier chaque situation conflictuelle où les acteurs s’épuisent à incarner des personnages dessinés à gros traits, comme si l’objectif final était avant tout de remplir le cahier des charges du polar-type. L’excès de sérieux avec lequel Nour-Eddine Lakhmari déroule son programme limite la portée de sa proposition et donne à Zero des accents de films d’école trop roublards pour être complètement honnêtes.

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