Zombillénium
© Gebeka
Zombillénium
    • Zombillénium
    • France, Belgique
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Arthur de Pins, Alexis Ducord
  • Scénario : Arthur de Pins, Alexis Ducord
  • d'après : les albums Zombillénium
  • de : Arthur de Pins
  • Son : Yann Lacan, Yohann Angelvy, Florian Fabre, Côme Jalibert
  • Montage : Benjamin Massoubre
  • Musique : Éric Neveux, (chansons :) Mat Bastard
  • Producteur(s) : Henri Magalon, Léon Perahia
  • Production : Maybe Movies, Belvision, Dupuis Édition & Audiovisuel
  • Interprétation : Avec les voix de : Emmanuel Curtil (Hector), Alain Choquet (Francis), Kelly Marot (Gretchen), Alexis Tomassian (Steven), Mat Bastard (Sirius), Emmanuel Jacomy (le Diable), Esther Corvez-Beaudouin (Lucie)
  • Direction de l'animation : David Nasser
  • Distributeur : Gebeka Films
  • Date de sortie : 18 octobre 2017
  • Durée : 1h20

Zombillénium

Librement adapté des albums homonymes d’Arthur de Pins, Zombillénium met en scène un contrôleur des normes de sécurité hautement antipathique qui va devenir le héros révolutionnaire d’un parc d’attraction appartenant au Diable, et dont les zombies sont les vedettes. Tous les employés ont comme point commun d’être des morts-vivants, condamnés à travailler pour l’éternité et cantonnés à l’enceinte du parc. Très attendu par les fans de la bande dessinée dotée d’un humour décalé et décapant, le projet de Zombillénium semblait prometteur. L’adaptation sur grand écran aurait pu en effet offrir une réflexion plus poussée sur les thématiques abordées sous forme métaphorique dans les albums telles que la souffrance professionnelle et la lutte des classes. Le résultat n’est pourtant pas à la hauteur de son ambition car les réalisateurs semblent s’être davantage tournés vers un concept de film jeune public à grand renfort de gags en proposant un scénario original délaissant l’aspect délicieusement irrévérencieux du matériau original. Les personnages ont été édulcorés, devenant des stéréotypes de monstres tendant vers le parodique : le personnage principal se transforme peu à peu en un cousin de Hellboy après une série de mutations exploitant le comique de répétition, les vampires prétentieux scintillent à la lumière du soleil version Twilight, et les monstres du train fantôme se déhanchent sur la chorégraphie de Thriller.

Qui sont les monstres ?

Les actionnaires humains venus sauver Zombillénium de la faillite sont présentés comme encore plus monstrueux que les véritables créatures démoniaques qui y vivent. Ils sont caricaturés en chefs d’entreprises capitalistes ne cherchant qu’à remplir leurs comptes en banque au profit des visiteurs, et la vision proposée du fonctionnement d’une entreprise est ici très manichéenne. Le sous-texte social et politique du film – lutte des classes, syndicats et acquis sociaux, chômage… – n’est pourtant pas dénué d’intérêt, mais le parallèle entre les travailleurs exploités du parc à thème et ceux de notre société n’est traité qu’en surface et relégué au second plan, pour que là encore le film reste accessible aux jeunes spectateurs. On notera tout de même la séquence de révolte, la plus réussie du film pour sa symbolique, son dynamisme et sa mise en scène : sortant de terre en cassant les pavés tandis que les visiteurs du parc sont trop occupés à prendre des selfies, les zombies et autres créatures traitées comme des sous-monstres par la nouvelle direction décident de reprendre le pouvoir. Ils manifestent alors contre le fonctionnement dictatorial et font tomber la statue du nouveau directeur du parc à l’aide de cordes, en référence notamment aux célèbres images des chutes de statues de Staline. Les réalisateurs alternent ici différentes échelles de plan et des contre-plongées sur la foule agitée, saisissant l’euphorie du cortège.

Du point de vue des personnages et des décors, Arthur de Pins reste fidèle à l’univers visuel de sa bande dessinée et réussi sur ce point son pari. On peut cependant s’interroger sur la pertinence d’offrir un sublime générique 2D aux dessins très graphiques rappelant les affiches de propagande communiste en URSS, pour finalement faire le choix d’une animation 3D qui déçoit. Les personnages sont lisses et sans aspérités, et bien que le travail sur les ombres soit notable, l’ensemble manque de corps et de profondeur. Si l’esprit et l’humour des albums sont bien présents, son âme a malheureusement été délaissée au profit d’un divertissement rock’n’roll pour séduire le grand public.