Little Gay Boy
    • Little Gay Boy
    • France
    •  - 
    • 2013
  • Réalisation : Antony Hickling
  • Scénario : Antony Hickling
  • Image : Christophe Rivoiron, Amaury Grisel, Tom Chabbat
  • Décors : Marie Charpentier
  • Costumes : Izari Lechhab, Hervé Delachambre
  • Son : Baptiste Ladreit, Mariar Razaghi
  • Montage : Victor Toussaint, Christophe Rivoiron
  • Musique : Julien Melique
  • Producteur(s) : Antony Hickling
  • Interprétation : Gaëtan Vettier (Claudia / JC), Amanda Dawson (Maria / La Mère), Manuel Blanc (Dieu / Le Père), Gala Besson (Ange Gabriel)
  • Bonus DVD : Birth 1, Birth 3, Q.J., trois courts-métrages de Antony Hickling
  • Éditeur DVD : L'Harmattan Vidéo
  • Date de sortie DVD : 2 avril 2014
  • Durée : 1h12
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Little Gay Boy

réalisé par Antony Hickling

Voici un étrange long-métrage en trois chapitres. Il s’agit en fait de trois courts pouvant être vus indépendamment tout autant que dans la foulée, pour parcourir le chemin de croix de J.C., de sa conception tumultueuse à l’accomplissement de son destin et à l’affirmation de son identité. Antony Hickling livre une version déjantée, mais néanmoins très pertinente, du mythe christique, à travers un univers d’une grande richesse visuelle et sémantique.

Sacralité profane

Fruit d’une immaculée conception revue et corrigée, J.C. se voit destiné à un chemin de croix tout tracé par un ange Gabriel aux traits féminins dans L’Annonciation (or the conception of a little gay boy). Prompt à l’injure, cet émissaire prédit avec autorité sa mission à une prostituée stérile de 45 ans: « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre. (…) L’Esprit Saint qui naîtra sera appelé QUEER et sera le Fils de Dieu. » Après l’action sanglante d’un client anonyme, la nouvelle mère voit la prophétie complétée alors qu’elle pose en Sainte Vierge : « L’enfant que tu enfanteras sera aux mains des pêcheurs. Ils l’humilieront, lui cracheront dessus et le haïront. Il mourra du sida. Mais le troisième jour, il ressuscitera des morts. » Le premier segment du triptyque impose donc un ton décalé dans un style fellinien affirmé. Les rapports humains sont placés sous le signe de la domination et la représentation oscille entre moments naturalistes et délires picturaux, nourris d’une iconographie religieuse détournée avec fantaisie. Le chapitre central Little Gay Boy Christ Is Dead constitue le cœur de cette tragédie aux accents surréalistes et s’avère aussi être le segment le plus fort de l’ensemble. Jeune adulte timide, J.C. y explore sa sexualité, découvre ses pulsions masochistes et expérimente des jeux de domination violents. Ce Christ frêle au visage doux, incarné avec délicatesse par Gaëtan Vettier, éprouve le désir des hommes comme il supporte le penchant incestueux d’une mère affreuse, sale et méchante. Son parcours initiatique s’achève par la rencontre avec Dieu le Père (son père), jusqu’à un mariage œdipien et dionysiaque aux accents mortifères, dans une nouvelle version de la cène (Holy Thursday – The Last Supper).

Vision baroque

Little Gay Boy, sous-titré A Triptych (LGBT…) est un objet foncièrement hétéroclite. Les stigmates du film autoproduit, avec ses accidents et ses imperfections, participe au caractère unique de ce film manifeste. Burlesque et onirique, charnel et sensuel, Little Gay Boy ose toutes les folies avec une élégance bâtarde assumée. Antony Hickling aime la peinture de la Renaissance, Pasolini, Jarman, et ça se voit ! Ses moyens réduits ne l’empêchent pas de faire preuve d’une belle ambition visuelle pour servir un propos dense. Afin de défricher la polymorphie de l’identité queer, Hickling interroge le poids de la religion dans la construction de tout être, quel que soit son degré de croyance et son parcours personnel, et explore sans tabou le rapport contrarié de l’individu à ses géniteurs. Il dénonce aussi les travers intégristes, comme avec cette manifestation, dans le troisième volet, où des religieux agitent des pancartes homophobes dans un sous-bois propice aux rencontres sexuelles, jusqu’au moment où ils trébuchent et révèlent des sexes cadenassés.

Porté par un texte d’une grande poésie, le parcours de J.C. est ponctué de tableaux abstraits pour structurer un récit halluciné, où l’urgence de vie se mêle à une pulsion de mort de plus en plus pressante. Les performances du danseur Bino Sauvitz, couvert d’une peinture blanche et rouge, donnent une corporalité convulsive à ces enjeux. Il en va de même des plans picturaux qui concluent chaque partie, comme la Pietà déchirante en fin de deuxième segment, ou des représentations presque abstraites des expériences S.M. On retrouve ici la plasticité envoûtante du travail d’Antony Hickling, visible dans ses précédents courts-métrages, proposés en bonus de ce DVD. Avec lui, le cinéma se mêle à l’installation performative dans une exploration des formes foutraque et intelligente.

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