Miss Manton est folle

Miss Manton est folle

de Leigh Jason

  • Miss Manton est folle
  • (The Mad Miss Manton)

  • États-Unis1938
  • Réalisation : Leigh Jason
  • Scénario : Philip G. Epstein
  • Image : Nicholas Musuraca
  • Décors : Van Nest Polglase
  • Montage : George Hively
  • Musique : Roy Webb
  • Producteur(s) : P.J. Wolfson
  • Production : RKO
  • Interprétation : Barbara Stanwyck (Melsa Manton), Henry Fonda (Peter Ames), Sam Levene (Lieutenant Brent), Frances Mercer (Helen Frayne)...
  • Éditeur DVD : Éditions Montparnasse, collection RKO
  • Date de sortie DVD : 8 septembre 2009
  • Durée : 1h30

Miss Manton est folle

de Leigh Jason

Cadavres dans le placard et araignées au plafond


Cadavres dans le placard et araignées au plafond

Quel plaisir, à chaque rentrée, de découvrir les nouveaux trésors exhumés par la jolie collection RKO/Montparnasse, dont les qualités ne se résument certainement pas à des prix imbattables… Qui d’autre aurait su ainsi dénicher une « petite » screwball comedy d’un réalisateur a priori absolument inconnu, où l’on retrouve le couple Henry Fonda/Barbara Stanwyck pour leur premier duo de vedettes embarquées dans des situations loufoques à souhait, riches d’une galerie de gags à l’humour décapant – et (quel bonheur) pas toujours très politiquement correct.

Les demoiselles très riches et très gâtées sont des héroïnes de choix pour la screwball comedy, le genre le plus léger et le plus élégant du cinéma américain : Miss Manton, qui n’a de folle que la réputation, est donc de celles qui promènent leur chien toutes de diamant vêtues et portant sous leur cape de velours le déguisement du dernier bal auxquelles elles se sont rendues. Barbara Stanwyck est ici bien la sœur de la Katharine Hepburn d’Indiscrétions : oisive et ravie de l’être, elle est la seule à trouver le temps de dénicher un cadavre dans une maison vide puis de mener l’enquête, appuyée par sa bande d’amies de la « haute » (les fameuses « débutantes » américaines), au nez et à la barbe de policiers excédés par la frivolité du groupe. Première innovation du film : mêler la comédie au film noir, deux genres rois de l’époque, et remplacer le détective privé à la Philip Marlowe par un gang de jeunes écervelées en robe de soirée, sans doute les dernières personnes que l’on imaginerait sur la scène d’un crime…

Ce mélange détonant de classes sociales – policiers et femmes de la haute, à qui s’ajoute le traditionnel journaliste interprété par Henry Fonda – aboutit à un joyeux méli-mélo invraisemblable dont personne ne ressort véritablement grandi. Les policiers sont, comme bien souvent dans ce type de film, des incapables dépassés par la situation, les journalistes ont un sens très particulier de l’intégrité professionnelle ; quant aux demoiselles, elles sont au mieux insignifiantes, au pire prodigieusement stupides. Leurs remarques « politiques » permettent au film de prendre un second degré savoureux en des temps bientôt troublés (le film est réalisé en 1938): « S’il faut aller chercher en haut, allons‑y toutes ensemble. — Mais c’est du communisme ! » Seule l’héroïne, bien sûr, flotte au-dessus du lot, afin de mieux mener le héros par le bout du nez, épris dès la première minute, bien que celui-ci finisse par retourner la situation en sa faveur. Le mariage des deux est-il solide ? On peut se permettre d’en douter, alors que le héros rétorque à sa dulcinée qui compte bien vivre sur ses maigres revenus de journaliste : « Mais c’est de la folie ! Qui va vivre sur vos propres revenus ? »

Bien sûr, Leigh Jason n’est ni Howard Hawks ni George Cukor. Certaines répliques du film ont vieilli, et le rythme peut paraître de temps à autre un peu faiblard. Mais Miss Manton est folle ne démérite pas de ses contemporains : on retrouvera avec plaisir Hattie McDaniel (la mama de Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent) dans un rôle de domestique révolutionnaire, ainsi que le couple Barbara Stanwyck/Henry Fonda, sexy en diable avant leur fameuse collaboration sur The Lady Eve de Preston Sturges. Et puis, quel joie de découvrir encore une fois comment l’on savait alors se jouer du code de censure : il suffisait qu’un groupe de femmes se jette sur un homme pour lui retirer son pantalon ou qu’une sensuelle star en noir et blanc fume dans son lit, un bandeau sur les yeux, pour se sentir tout chose…

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