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L’Orpillage

La Fièvre de l’or

réalisé par Olivier Weber

Critiques > 14 octobre 2008

critique du film La Fièvre de l'or, réalisé par Olivier Weber

En parcourant la Guyane Française et les frontières du Surinam et du Brésil, Olivier Weber dénonce les problèmes liés à la recherche et à l’exploitation de l’or. Édifiant, assez complet, La Fièvre de l’or ne s’affranchit pourtant pas vraiment de son but : convaincre, aux dépens d’une pourtant palpable ambition cinématographique. Malgré la fascination du réalisateur pour ceux et celles qui ont fait de la forêt et du métal une cage empoisonnée, La Fièvre de l’or reste un produit télévisuel quand il n’était pas si loin d’atteindre un nouvel horizon.


La rivière paraît n’avoir pas de lit, manger et supporter la forêt. D’un bateau, au ras de l’eau, Olivier Weber filme la nature déserte, des maisons fantômes, restes d’ossatures, annonce du léger tiraillement qui ne quittera pas le film, entre fascination et dénonciation de son sujet : l’or. On pense à Aguirre, on n’en est pas toujours si loin. Après quelques minutes d’immersion dans la forêt amazonienne, étouffante de sons, d’animal et de végétal, c’est l’exact opposé qui s’amorce. L’homme ronge la forêt, arrache les arbres et filtre la terre pour en extraire l’or. Durant 1h30, le journaliste et écrivain voyageur Olivier Weber propose un plongeon dans l’Amazonie pour dénoncer la fièvre de l’or et son regain. Il semble qu’avec la chute du dollar, la gourmandise des pays occidentaux et le développement de l’informatique, l’or attire plus que jamais chercheurs et trafiquants en tous genres.

Le cycle est évident, nos envies de luxe entraînent des catastrophes dans les pays riches en métal jaune. Mais ce documentaire ne quitte pas l’Amazonie, ne sort pas de la terre jaune et rouge. Weber ne court pas toute la filière, reste sur les lieux d’extraction, il y a déjà beaucoup à dire. La forêt est un monde clos, isolé, mais l’homme n’y change pas vraiment : travail, loisir, société, classes sociales, les grands cadres suivent fidèlement malgré le déplacement constant des villages d’extraction, des terrains déforestés (selon Weber l’équivalent de 700 terrains de football rien que le temps de voir le film !) et des hommes. Le réalisateur en est convaincu, nous aussi, ce qui se passe là-bas est une immense catastrophe. L’ambition avouée du film s’arrête là. Dénoncer les drames, de la nature, des Amérindiens qui s’empoisonnent au mercure utilisé pour amalgamer l’or, des femmes et des hommes qui se perdent en prostitution, drogue et rêves amers. Le projet est louable, le cinéma-militant souvent limité par son but. Tout dévoué à convaincre, il enferme les spectateurs dans sa logique.

Olivier Weber évite relativement les images larmoyantes. Il filme les gens, prête beaucoup attention à cette nature grandiloquente et à son modelage par l’homme. Le problème vient plus souvent des mots. Lors des nombreux interviews, Weber pousse constamment ceux qu’il rencontre à dire ce qu’il veut entendre. Il ne s’agit pas de les manipuler ou de fausser leur point de vue, mais l’orientation des dialogues pour arriver au « bon mot » est souvent pénible, comme lorsqu’il semble trouver important de faire associer par un chercheur d’or le rouge de l’eau des terrains boueux après le passage des machines à la couleur de l’or et du sang. Cependant, cette méthode qui parfois donne une impression de naïveté et parfois cadre trop le film, n’est pas sans intérêt. Olivier Weber semble avant tout sincère, un gentil obstiné qui ne se dissimule pas, y compris à l’écran. Lorsqu’une prostituée qu’il questionne insiste pour le faire rentrer dans sa maison, puis pour qu’il lui donne un peu d’argent, il laisse la scène se dérouler avec son double statut de réalisateur-enquêteur et de potentielle aide financière. Nombre de réalisateurs auraient élagué la scène des demandes gênantes, ne conservant que l’essentiel des informations – ici bien maigres : oui la vie est dure, oui mon pays natal me manque. C’est pourtant le dialogue qui s’instaure avec toute l’ambiguïté qu’il peut y avoir dans ce type de rencontre, le trouble de Weber face à ce monde en vase clos, qui donne au film le plus d’intérêt. Il sera bien sûr édifiant de découvrir les enjeux de l’or, d’entendre les propos choquants d’André Ganteaume ex-président de la Fédération des Orpailleurs, vieil aventurier trafiquant colonialiste qui déclare tranquillement que les mutations constatées en Amazonie ne viennent pas du mercure déversé dans l’eau mais du cloisonnement des populations qui se reproduisent entre eux… Le film parcourt sans se perdre les règles de cette jungle, les populations qui s’y ruent et s’y piègent, les profiteurs et les sauveurs, associations, ONG, ou sauveurs plus ambigus comme les évangélistes qui recrutent largement. Mais rien ne vaut ces instants où Weber se confronte aux gens en laissant apparaître sa curiosité, ses hésitations, c’est ce qui sort – un peu – le film de son cadre étroit. Précisons cependant qu’ils sont plutôt rares et ne font pas de La Fièvre de l’or autre chose qu’un film pour la télévision. La nature a beau être plus belle sur grand écran, certaines scènes comme lorsque les hommes creusent la terre jaune vif au jet d’eau, ont beau fasciner fortement rien que par leur beauté plastique, on peut se demander ce que fait ce film en salle, comme s’il s’était égaré, en égarant du même coup les spectateurs.

Camille Pollas


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La Fièvre de l’or (France, 2008). Durée : 1h35. Réalisation et scénario : Olivier Weber. Image : Olivier Chambon. Montage : Florence Bresson. Musique : Christophe Monthieux. Production : Sylvain Bursztein (pour Rosem Films). Sortie : 15 octobre 2008.

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