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And the livin’ is easy

Summertime

réalisé par Matthew Gordon

Critiques > 3 juillet 2012

Le sud des États-Unis semble être devenu un cadre particulièrement prisé par les réalisateurs indépendants américains. À tel point, dirait-on, qu’il n’est parfois qu’un prétexte, creux, comme c’est le cas ici. Avec ce Mississippi qui rappelle les décors de Shotgun Stories, des premiers films de David Gordon Green ou plus récemment de Two Gates of Sleep, on trouve malheureusement un paysage sans imaginaire, dans lequel Matthew Gordon installe ses acteurs amateurs et construit une famille décomposée.


La sueur ou la saleté, le désœuvrement ou les tâches ingrates : tant de déclinaisons d’une représentation cinématographique du sud des États-Unis, qui semble aujourd’hui s’uniformiser. Dans la première fiction de Matthew Gordon, réalisateur venu de la télévision, elle donne forme au quotidien de Robbie, un jeune garçon sauvage sur le point de quitter l’école pour les vacances d’été. Censé être l’homme d’une maison que des parents ont désertée, il traîne comme son ombre un demi-frère docile et une grand-mère mutique dont il s’occupe malgré lui. La forme que cherche à prendre Summertime est celle d’un apprentissage : le temps d’un été le jeune garçon, voyant son entourage faire fi de ses responsabilités, va s’en saisir pour grandir à son tour.

Le scénario choisit la facilité d’une voix off qui, au prétexte d’une rédaction à rendre à un professeur consciencieux à la fin de l’été, nous fait entendre les pensées du protagoniste – et ainsi l’évolution dont les images et les personnages sont inaptes à rendre compte. L’authenticité est du même coup balayée. L’errance dans les champs de coton, symbole de l’initiation d’un gamin à la vie, tombe à plat car le récit de cet apprentissage se fait par sauts qui ne sont pas tant des ellipses que des manques : ceux d’une motivation (pauvrement compensée par la voix off), ceux d’une âme. Même l’aride beauté de ce cadre (d’habitude manifestation d’une intériorité) est littéralement asséchée, épuisée par le manque de relief du propos.

Les acteurs amateurs et locaux choisis par le réalisateur sont supposés, on le sent, donner à la fiction la vigueur brute de la réalité – celle du thème, du lieu, du milieu social de Summertime. Un amateurisme qui se manifeste plus dans une certaine mollesse que, le protagoniste excepté, aucun des garçons ne sait dépasser. Ce protagoniste, lui, vaguement hargneux, vaguement indolent, a certes une relative présence – mais il plane derrière elle un manque d’expérience tel que les images sont vidées de toute résonance. Le personnage ne saurait être sans la voix off qui, seule, rend compte de la maturation de ses responsabilités. Maigre compensation à l’arbitraire d’un scénario qui joue avec le parcours de l’adolescent sans jamais toucher du doigt la moindre vérité documentaire ou même dramatique. Les contradictions de l’adolescent deviennent creuses, insignifiantes et ses désirs ne sont à l’écran que velléités, tandis que les rebondissements de son été, parasités par une multitude de raccourcis, ne sont jamais que les détails d’une intrigue qui ne commence jamais.

Marianne Fernandez


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Summertime (The Dynamiter, USA, 2011). Durée : 1h13. Réalisation : Matthew Gordon. Scénario : Brad Ingelsby, sur une histoire de Brad Ingelsby et Matthew Gordon. Image : Jeffrey Waldron. Montage : Kevin Abrams, Brandon Boyd. Musique : Animal Collective. Production : Matthew Gordon, Kevin Abrams, Amile Wilson. Interprétation : William Patrick Ruffin (Robbie Hendrick), John Alex Nunnery (Fess Hendrick), Patrick Rutherford (Lucas Hendrick), Ciara McMillian (Mamie), Lane Rodgers (principal Curtis). Sortie : 4 juillet 2012.

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