
Lorsqu’en 1995, Michael Bay sort son premier long métrage, l’inénarrable Bad Boys, le film à effets spéciaux reste encore la propriété de quelques réalisateurs un brin mégalos mais ambitieux, comme Steven Spielberg ou James Cameron. Conscients que ces nouvelles technologies ont le net avantage de clouer le spectateur sur son siège (et donc de lui retirer tout esprit critique), les studios font appel à une nouvelle génération de cinéastes pour remplir leurs tiroir-caisses. De cette course à la surenchère d’effets, deux réalisateurs sortent leur épingle du jeu : Roland Emmerich et Michael Bay. Du coup, on les mélange, on ne sait plus lequel des deux a réalisé Pearl Harbor ou The Patriot. Qu’importe, l’univers des deux réalisateurs est interchangeable car il concentre les mêmes ingrédients : dialogues au ras des pâquerettes, personnages sans aucune épaisseur psychologique et moralisme patriotique. Et pourtant s’il fallait choisir entre les deux, Roland Emmerich l’emporterait sans conteste. Depuis que ce dernier a réalisé l’acceptable Jour d’après, son cinéma a pris une légère résonance politique, laissant Michael Bay définitivement seul dans la catégorie des tâcherons intégraux.
The Island, qui sort sur nos écrans cette semaine après un échec cuisant aux États-Unis le mois dernier, n’est que la partie immergée de la bêtise chronique qui structure l’univers cinématographique de Michael Bay. Même Roland Emmerich n’aurait pas osé proposer des films aussi misogynes et homophobes que Bad Boys (1995) et Bad Boys 2 (2002), servis qui plus est par une bande-son à la limite du supportable. D’autres projets, comme Armageddon ou Pearl Harbor révèlent le patriotisme exacerbé d’un réalisateur qui ne s’entoure définitivement que d’acteurs particulièrement médiocres (Will Smith, Martin Lawrence, Bruce Willis, Ben Affleck, Kate Beckinsale).
Le casting de son dernier film aurait pu laisser présager un léger progrès : entre Ewan McGregor (que l’on a connu plus inspiré chez Danny Boyle) et la nouvelle coqueluche d’Hollywood, Scarlett Johansson (que l’on préférera revoir dans les prochains films de Woody Allen, de Kimberly Peirce ou même de Brian De Palma), on aurait pu espérer que le réalisateur fasse preuve d’un peu moins de constance dans la connerie. Projet dont le propos se veut certainement politique (de Spielberg à Shyamalan en passant par Nolan, c’est tellement à la mode), voilà certainement un film de plus qui ne sortira pas les États-Unis de leur obscurantisme.
Clément Graminiès
Photos © Warner Bros. France