Accueil > Actualité ciné > Critique > Fui Banquero (j’étais banquier) mardi 12 avril 2016

Critique Fui Banquero (j'étais banquier)

© DHR

À la recherche du père, par Clément Graminiès

Fui Banquero (j’étais banquier)

C’est un bien drôle de film, bancal, maladroit mais pas antipathique pour autant, que nous proposent Patrick Grandperret et sa fille Émilie. Fui Banquero (j’étais banquier) raconte l’histoire d’un jeune homme (joué par Robinson Stévenin) travaillant dans le secteur bancaire et contraint de se rendre à La Havane pour conclure un marché alors que son père vient tout juste décéder. L’accord économique étant annulé pour des raisons aussi obscures que hasardeuses, notre jeune loup n’a donc plus aucune raison de rester sur le territoire cubain. Sauf qu’une intuition – celle d’y retrouver le fantôme de son père avec qui il avait projeté de faire ce voyage – l’empêche de repartir. Défiant les autorités et ses supérieurs hiérarchiques, il refuse de prendre l’avion et commence une vie clandestine à la recherche de lui-même. La première partie du film entendrait rendre compte du magnétisme qui se dégage de l’île de Cuba sur ce personnage en quête de repères, prêt à tout plaquer pour trouver sa propre vérité. L’idée pourrait être intéressante tant l’île symbolise une sorte de paradis extraterrestre et que l’amour des deux réalisateurs pour le pays ne fait aucun doute. Seulement, en se limitant à faire un ou deux pauvres panoramas sur les ruines de la capitale ou à capter la chaleur sensuelle qui se dégage des concerts de musique, le père et la fille ne donnent rien d’autre à voir qu’un Cuba se voulant authentique mais qui ne relève finalement que de la carte postale. Il faut dire que l’île, qui offre pourtant un potentiel cinématographique hallucinant, est mal filmée et tout particulièrement ses habitants qui ne semblent là que pour servir le cheminement intérieur du jeune banquier en pleine crise existentielle. La naïveté très occidentale avec laquelle les expatriés se mettent à vanter le modèle économique sclérosé cubain peut faire grincer des dents, surtout lorsque ce discours est tenu par un Français installé confortablement dans un bel appartement de la ville.

La chasse aux trésors

Heureusement, le film gagne un peu en légèreté dans sa dernière partie, notamment lorsque notre jeune clandestin se met en tête de retrouver la trace de ses ancêtres pirates qui auraient accosté sur l’île au début du 19e siècle. Si l’élément déclencheur d’une telle quête est trop téléphoné et trahit les gros problèmes d’écriture du scénario, on peut se laisser attendrir par l’invraisemblance fantaisiste assumée par le récit, loin des discours maladroits et empesés du début sur la situation économique de l’île. Au gré de rencontres improbables avec des intellectuels cubains (qui n’ont pas l’air de tous être des acteurs et se prêtent au jeu avec une certaine malice), c’est toute la mythologie de l’île qui se dévoile et qui fait de Fui Banquero (j’étais banquier) un conte naïf : à coup de légendes, notre héros expatrié se transforme alors en chercheur d’or aux confins du pays, s’appuyant sur des messages cryptés censés l’informer de l’endroit où serait enterré un trésor. Il est dommage que le virage ludique engagé par le film dans sa conclusion et l’implication des certaines acteurs (Antoine Chappey, attachant et roublard à chacune de ses apparitions) ne soient pas davantage soutenus par de vrais partis-pris esthétiques. Malheureusement, les grandes faiblesses de mise en scène – sans saveur du début à la fin et lourdement symbolique, notamment lors des apparitions du père décédé – et de montage – multipliant d’affreux faux raccords en dépit d’une appréhension logique des espaces – ne permettent jamais au film de s’élever au-delà de ses trop modestes prétentions. Sympathique par son humilité revendiquée, Fui Banquero (j’étais banquier) ne se déleste néanmoins jamais de son image de film amateur beaucoup trop anecdotique pour marquer les esprits.

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