Accueil > Actualité ciné > Critique > H2G2, Le Guide du voyageur galactique mardi 16 août 2005

Critique H2G2, Le Guide du voyageur galactique

And now, for something completely different..., par Ophélie Wiel

H2G2, Le Guide du voyageur galactique

The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy

réalisé par Garth Jennings

Au début, on s’attend un peu à voir le dernier gros nanar de l’été, sorte de sous-Guerre des mondes (sans le prestige du réalisateur), ou parodie bêtifiante de Star Wars, dans le style American Pie ou Scary Movie. En vérité, notre plus grande erreur est d’être tout simplement passé à côté d’un must : le best-seller de Douglas Adams, Le Guide galactique (en cinq volumes), énorme succès dès sa parution en 1979, qui, aujourd’hui, tel le Harry Potter de la science-fiction, continue de rallier des inconditionnels par centaines.

Dans la vie, Douglas Adams ne cachait pas son amitié pour un certain... Graham Chapman, membre émérite des plus sympathiques Anglais du XXe siècle : les Monty Python. Savoir cela, c’est aussi comprendre la raison d’être de l’ouvrage : le fameux nonsense britannique, festival d’absurde et de loufoqueries en tous genres. Le héros du Guide galactique ne pouvait donc être qu’un Anglais très très moyen, qui, le jour où la Terre est détruite par une armée d’Aliens particulièrement laids et stupides, se retrouve à bord d’un vaisseau spatial et reste, bien entendu, incapable de maîtriser un tant soit peu la situation. Entouré d’une bande de dingos, dont un président de la Galaxie à deux têtes et un robot dépressif, le dénommé Arthur participe malgré lui à la quête du Saint Graal des temps modernes : la question suprême de l’univers, à laquelle la réponse est... quarante-deux.

Le meilleur du film, c’est de n’avoir pas gâché les précieuses trouvailles de Douglas Adams par une surenchère d’effets spéciaux. Depuis les derniers opus de Star Wars, la barre est placée si haut dans le domaine de la science-fiction que vouloir la franchir relève presque du comportement suicidaire. Mais Le Guide galactique ne joue pas sur les mêmes registres. Son créneau, d’une modestie imbattable : faire advenir tout ce qu’il y a de plus improbable (comme par exemple, la mort d’un cachalot dans l’espace) et se poser toutes les questions qui ne nous sont jamais venues – et ne nous viendront jamais – à l’esprit. Et parce que Douglas Adams a bien retenu les leçons de ses compatriotes du Flying Circus, toutes ces questions participent quand même d’un questionnement extrêmement intelligent sur le sens de la vie et relativisent les interrogations existentielles des pauvres humanoïdes que nous sommes (puisque nous ne sommes que les troisièmes créatures les plus intelligentes sur Terre, après les souris et les dauphins).

Les fans, évidemment, seront déçus de ne pas retrouver tout à fait l’esprit très finaud du livre. N’oublions pas que H2G2, le guide du voyageur galactique est d’abord, dans l’esprit des producteurs, un produit rentable. Pour plaire à un plus large public, l’histoire a donc été simplifiée dans le sens de la caricature (le personnage du président de la galaxie est un minet d’une blondeur insupportable) ou agrémentée de saynètes qui n’existaient pas à l’origine, et notamment d’une love story entre les deux pseudo-héros, Arthur et Trillian. Une façon comme une autre de remettre les pieds du spectateur (pourtant récalcitrant) sur Terre. Mais parions que l’énorme succès du film aux États-Unis aura en France des répercussions sur... le rayon science-fiction des librairies. Le compte à rebours est lancé, et c’est plutôt une bonne nouvelle.

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