Accueil > Actualité ciné > Critique > I Am Divine mardi 25 mars 2014

Critique I Am Divine

Extravanganza !, par Nicolas Maille

I Am Divine

réalisé par Jeffrey Schwarz

En ces temps où la théorie du genre est récupérée par les défenseurs de l’ordre moral et fait l’objet de débats idiots et stériles (le très beau Tomboy de Céline Sciamma en a fait les frais récemment), nous rappeler en mémoire la figure de Divine, icône culte de la culture underground des années 1970/80 arrive comme une bouffée d’air frais. Indissociable de John Waters qui l’a fait naître (et qui lui doit tout), Divine est, en effet, l’une des première héroïnes « transgenre » du cinéma. Ni tout à fait homme, ni complètement femme, c’est une créature politiquement incorrect qui, telle une météorite, a débouté le puritanisme américain, capable aussi bien, dans un élan pasolinien, de manger un étron canin que de chanter, grasse et suante « I’m so beautiful » devant une foule en délire ou encore de jouer les mères de famille désespérées dans Hairspray, son dernier film. Avec son look improbable, ses yeux grossièrement dessinés, et son sens de la répartie, Divine a aussi complètement révolutionné l’approche du travestissement (les Drag Queens d’aujourd’hui lui doivent encore beaucoup) et a résolument marqué la culture gay et inconsciemment aussi une partie de la pop culture grand publique.

L’homme derrière la robe

I Am Divine revient donc sur le destin « de la plus belle femme du monde » (surnom que lui avait donné Waters). Très bien documenté, alternant des images d’archives, des extraits de films et des entretiens de collaborateurs ou des membres de la famille de Divine (notamment sa mère), le film de Jeffrey Schwarz traverse ainsi la courte carrière de Divine (elle est morte à 42 ans) et révèle surtout la complexité de l’homme sous la créature. Car il en fallait du courage à l’époque pour oser s’exposer ainsi, assumer la confusion des genres et revendiquer une homosexualité implicite. Harris Glenn Milstead (son vrai nom) a-t-il été, au fil des années, dépassé par son personnage ? C’est aussi ce que laisse entendre le documentaire. Même si, petit, il s’était toujours rêvé en Elizabeth Taylor, cet enfant de Baltimore semble avoir été complètement mangé par sa créature au point de souffrir de n’être reconnu pour sa vraie personne. Ironie de l’histoire, c’est lorsqu’il était sur le point d’abandonner ses habits de Divine pour jouer un rôle masculin dans un série télé qu’il est mort dans son sommeil. Drôle de fin pour un conte de fée qui a endeuillé une génération et le cinéma de Waters qui ne s’en est jamais vraiment remis.

Le documentaire préfère jouer la carte de la rigueur et de la sagesse plutôt que d’accompagner la folie de son héroïne par des audaces esthétiques. C’est peut-être le seul défaut qu’on peut lui trouver. Car I Am Divine se regarde avec un vrai plaisir et nous donne la nostalgie d’une époque où le cinéma issu de la contre-culture était encore capable de créer de vraies figures révolutionnaires.

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