Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Olivier mardi 12 juillet 2016

Critique L'Olivier

© EOne Films Spain

Fable politique, par Clément Graminiès

L’Olivier

El Olivo

réalisé par Icíar Bollaín

Alma, une jeune femme d’une vingtaine d’années, a repris l’exploitation agricole de son grand-père. Quelques années plus tôt, ce dernier, alors en grande difficulté financière, s’est retrouvé contraint de vendre son olivier millénaire à une société privée qui l’a déraciné puis exporter vers l’Allemagne. Sensible au désarroi coupable de son grand-père mourant, Alma décide de tout tenter pour faire rapatrier l’arbre. Après avoir menti à ses compagnons d’infortune pour les motiver à traverser un bout d’Europe à bord d’un semi-remorque, la jeune femme suscite intérêt et enthousiasme auprès des associations et sur les réseaux sociaux au point de bénéficier d’un soutien populaire. Épaulée par Paul Laverty, le scénariste de Ken Loach avec lequel elle avait déjà travaillé sur Même la pluie, Icíar Bollaín tire de cette histoire « inspirée de faits réels » l’opportunité de construire une opposition entre l’Europe du Nord, perçue comme froide et libérale, et l’Europe du Sud, nettement plus authentique et attachée à ses racines. Bien que manichéenne et dépourvue d’ambiguïté, cette lecture géopolitique sommaire évite néanmoins de tomber dans la caricature, notamment parce que la réalisatrice a fait le choix plutôt heureux de nous raconter cette histoire sous l’angle de la fable utopiste. Assumant pleinement la naïveté du propos, le film semble exister pour galvaniser le public et lui faire croire que tous les combats, même ceux qui seraient perdus d’avance, méritent d’être menés.

Petite générosité

L’évidente générosité du propos rend l’ensemble plutôt sympathique : les personnages principaux sont suffisamment lumineux et dynamiques pour susciter une empathie immédiate tandis que les capitalistes cyniques ne sont que des figures lointaines, préservant le film de sombrer dans les démonstrations volontaristes et simplistes. Néanmoins, L’Olivier ne trouve jamais le souffle nécessaire, se contentant d’égrainer les scènes attendues comme autant de passages obligés jusqu’à un dénouement qu’on aura trop facilement anticipé. Si la mise en scène se veut relativement généreuse en embrassant les paysages parcourus, l’aventure d’Alma n’en reste pas moins tristement anecdotique. Incapable de donner au personnage la dimension bigger than life espérée, la réalisatrice espagnole se prend les pieds dans le tapis à coups de flashbacks nostalgiques et explicatifs ou à trop vouloir courir après le pathos à l’aide de nappes musicales pas très subtiles. À force de trop miser sur le symbolisme appuyé de cette quête, avec ce que cela amènera comme bouleversements intimes pour chaque personnage impliqué, L’Olivier enferme son héroïne dans ce combat perdu d’avance dont les motifs sont trop circonscrits à son intimité et à ses affects (soulager la conscience de son grand-père avant qu’il ne disparaisse) pour rejoindre la grande histoire des combats politiques.

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