Accueil > Actualité ciné > Critique > La Mante religieuse mardi 3 juin 2014

Critique La Mante religieuse

Les fausses tentations, par Clément Graminiès

La Mante religieuse

réalisé par Natalie Saracco

Il est de ces films dont on se demande comment ils ont pu connaître le chemin des salles : La Mante religieuse de Nathalie Saracco est de ceux-là. Réalisé en 2012, le long-métrage est probablement resté sur les étagères d’un distributeur pendant quelques mois avant qu’on sache exactement quoi en faire. Il faut dire que le projet semble avoir été mené en dépit du bon sens : du pitch à la mise en scène, tout frise l’amateurisme chic et toc, comme s’il régnait un étrange parfum de sitcom érotique et ringard. Entre les mains d’un Jean-Claude Brisseau, le film aurait probablement été porté par une sorte de mysticisme naïf, ce qui lui aurait conféré une certaine grâce au lieu de se vautrer ici dans des dialogues indigestes et des jeux de mots d’un symbolisme d’une autre époque. En effet, il est ici moins question de la mante religieuse que de l’amante religieuse en la personne de Jézabel, femme totalement débridée (logique, elle est d’abord en couple avec une femme) qui tombe sous le charme du séduisant Père David, pas crédible pour un sou en homme d’église. Le défi est de taille pour la nymphomane cynique : mettre dans son lit un homme insensible à ses charmes et engagé dans la défense d’un idéal. Cela fera même l’objet d’un pacte avec sa petite amie autour de la collerette du pauvre curé, preuve qu’il aura quitté la soutane sur l’autel de ses pulsions sexuelles.

Le miracle de l’amour

Sous son apparat libertaire, La Mante religieuse est évidemment un conte moral (pas ceux qu’affectionnait Rohmer, on est davantage ici du côté de l’esprit AB Productions) : alors que Jézabel tient des discours d’un nihilisme que même Nietzsche n’aurait pu tolérer (« L’amour, c’est des conneries », « Tu imagines Roméo & Juliette alors que c’est Sodome & Gomorrhe », « Pourquoi crois-tu que les bébés chialent lorsqu’ils viennent au monde ? », etc.), la voici atteinte en plein cœur par la flèche de Cupidon. Le Père David va tout (é)branler sur son passage et par la même occasion se brûler les ailes au contact de cette tentatrice narcissique. Le résultat est sans appel : c’est parce qu’il ne s’autorise pas le moindre second degré que le long-métrage est impossible à prendre au sérieux. La plupart des scènes sont totalement ineptes (les sermons, la chorale, la vente aux enchères, etc.) et trahissent une absence totale de regard sur l’engagement et la parole religieuse. Sans vouloir comparer cet échec cinématographique à une adaptation telle que Léon Morin, prêtre de Melville (d’après Beatrix Beck, cela fait l’énorme différence), on reste effaré de constater à quel point la réalisatrice semble s’être emparée de ce prétexte choc pour construire une fiction dépourvue de tout enjeu scénaristique. La dramatique conclusion ne fera que confirmer le désagréable sentiment de départ : tout n’était que prétexte pour donner tort à la jeune fille amorale. Elle doit désormais payer le prix de la culpabilité et de la solitude. Les voies du Seigneur ne sont donc pas si impénétrables que cela.

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