Accueil > Actualité ciné > Critique > La Résurrection du Christ mardi 3 mai 2016

Critique La Résurrection du Christ

Le treizième apôtre, par Josué Morel

La Résurrection du Christ

Risen

réalisé par Kevin Reynolds

Risen s’ouvre et se referme sur un homme marchant seul dans le désert. Mais là où dans le premier plan la caméra restait sur le personnage, elle le quitte dans le dernier pour cadrer ultimement le ciel. Le titre du film, traduit un peu sommairement en français par « la résurrection du Christ », renvoie plutôt, comme le confirme cette scène finale, à « l’élévation » spirituelle de Clavius (Joseph Fiennes), un tribun militaire chargé par Ponce Pilate d’enquêter sur la disparition du Christ trois jours après son inhumation. Face à des événements qu’il ne peut expliquer rationnellement, Clavius va trouver la foi et rejoindre les apôtres dans leur quête mystique. Ce nouveau blockbuster de Kevin Reynolds, à qui l’on doit notamment Waterworld, semble dès lors s’inscrire dans un renouveau du péplum biblique, qui, grâce au numérique, repose la question de la représentation du miracle au cinéma, qu’il soit rationalisé (Exodus de Ridley Scott et ses plaies d’Egypte figurées comme une suite logique de catastrophes environnementales) ou qu’il constitue, au contraire, le terreau d’une cosmogonie sur fond vert (les délires plastiques de Noé de Darren Aronofsky). Or, Risen emprunte une toute autre voie, assez anachronique : contrairement aux gros blockbusters hollywoodiens susmentionnés, qui revisitaient l’imagerie biblique avec la promesse de montrer du jamais vu, Reynolds tente plutôt de faire du miracle un enjeu de montage. De la même façon que Clavius est soumis à une épreuve de foi, le spectateur est ainsi invité à croire, par le truchement d’une simple coupe, à la disparition fugace du messie ou encore à la guérison d’un lépreux.

Inactuel et naïf

Que la première scène entièrement numérique, qui voit le Christ crucifié au milieu d’un océan tumultueux, soit reléguée dans la strate des rêves, illustre bien la volonté de ne faire du miracle qu’une affaire de croyance dans les artifices traditionnels du cinéma. Si cette approche old school paraît à première vue rafraichissante, la faiblesse de son exécution, qui consiste en de fastidieux tours de passe-passe d’un autre âge, masque difficilement les faiblesses techniques du film, entérinées par la kitch et grotesque disparition finale du Christ. Sans compter que le film porte un regard assez limité sur l’épisode biblique en question, d’abord traité avec une approche presque « réaliste », à l’image de la scène de bataille ouvrant le récit, qui se heurte toutefois immédiatement à la facture indigente d’un téléfilm ou d’un direct-to-DVD à la reconstitution aussi lourde que ratée. Reste que la tambouille étonne un peu, tant le film donne à voir dans un premier temps un monde sans magie ni mystique, où les apôtres ressemblent à une bande d’hurluberlus babas-cool. Mais outre sa facticité criarde, c’est surtout par sa naïveté formelle et son inactualité que le film échoue à entraîner le spectateur sur le chemin de la croyance. Dommage, car malgré son échec indiscutable le film témoigne bien que la rencontre entre le miracle et le grand spectacle hollywoodien a encore beaucoup à offrir.

Annonces