Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Divan du monde mardi 15 mars 2016

Critique Le Divan du monde

Quoi de neuf docteur ?, par Morgan Pokée

Le Divan du monde

réalisé par Swen De Pauw

Découvert lors de la dernière édition du FIDMarseille dont il est reparti avec le prix du GNCR, Le Divan du monde arrive sur la pointe des pieds dans les salles françaises. Il faudrait pourtant l’accueillir à bras ouvert tant le film de Swen De Pauw réussit ce modeste exploit d’ouvrir une fenêtre sur le monde et permet d’écouter, comme un témoin, différents récits, différents parcours de vie dans un cabinet de psychiatrie. Pas n’importe lequel, celui du docteur Georges Federmann, installé à Strasbourg. On ne quittera pas son bureau, plongé dans l’intimité de l’échange thérapeutique et bousculé par ses méthodes de travail pour le moins iconoclastes, à l’image du joyeux désordre qui règne dans le lieu.

En analyse

Originaires du quartier, du village voisin ou d’un autre continent, Diane, Gilbert, Karim ou encore Claudine viennent confier ici leur histoire pour la première fois ou pour la 25ème année consécutive. Pour certains, il s’agit de trouver un refuge, une oreille attentive ; pour d’autres, c’est l’envie de vivre qu’il faut préserver. Résumé ainsi, Le Divan du monde pourrait laisser craindre un énième documentaire sur les qualités et défauts de la psychiatrie moderne comme il nous en arrive tous les quatre ou cinq ans. Autre crainte, celle d’un voyeurisme ou d’une complaisance visant à faire s’apitoyer le spectateur sur le sort de chacun. Or, ici, c’est le monde qui vient se livrer, le monde diffracté en quelques portraits esquissés en des séquences qui tiennent à distance tout sensationnalisme. On vient chercher un peu d’aide, la force de se lever le matin.

Par un dispositif minimal, soit deux caméras offrant le champ et le contrechamp d’une discussion entre le thérapeute et son patient, Swen De Pauw parvient à faire ressentir ce qui se joue dans ce cabinet, pareil à un navire dont on ignore s’il ne va pas s’effondrer à la prochaine rafale. On ne saurait trouver les mots justes pour qualifier certains récits tant ceux-ci se révèlent bouleversant (à l’instar de ce Mauritanien, ancien esclave) et disent tout du rapport de confiance qui s’est noué entre les deux interlocuteurs. Car les histoires racontées mêlent à la fois les tragédies de l’immigration, les paranoïas quotidiennes ou encore les douces folies de la jalousie… On peut passer ainsi du rire aux larmes, face à la truculence du docteur Federmann et la cocasserie de ses réponses aux questions, parfois absurdes, qu’on lui pose : ses prescriptions sont plus ou moins fantaisistes, il n’hésite pas à envoyer paître une patiente dès qu’elle se montre trop impatiente etc. Le montage du film réussit à ne pas hiérarchiser les patients et les drames mais à les rendre tous singuliers, chacun revenant régulièrement s’épancher sur leur fauteuil qu’ils ont parfois du mal à quitter. Cet humour qui traverse Le Divan du monde sert surtout de contre-pied à ce sentiment mélancolique qui imprègne progressivement le film : personne ne sera soigné, personne ne sortira guéri. Il s’agit juste de faire en sorte que la vie continue, un jour de plus, un jour après l’autre. Sentiment asséné avec une douceur bienveillante, un sourire aux lèvres et une main tendue.

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